06.11.2008

Claude Arz sonde les mystères de France

Le télégramme.gif

19.10.2008

Plumes fantastiques

 

COUV Myst & Lég camp HD.jpgUn amateur de traditions populaires et d'imaginaire contemporain, a écrit sur son site Plumes fantastiques à propos de Mystères et légendes...

Chasseur de légendes

Plus pertinent et toujours d’une superbe facture, le nouveau livre de Claude Arz, Mystères et Légendes de nos Campagnes, publié dans la Sélection du Reader’s Digest, revisite les traditions populaires et rend hommage aux conteurs et mendiants ambulants qui sillonnaient nos contrées pour colporter légendes et croyances. Sous une plume alerte, Claude Arz, grand spécialiste de la France mystérieuse, nous ouvre les portes des mystères et libère tout un cortège de créatures surnaturelles qui n’attendent que le crépuscule pour nous envahir. Les thèmes, histoires et illustrations qu’il traite empruntent, pour la plupart, aux classiques du genre. Mais, à la différence des « pilleurs de tombes » qui signent des ouvrages de commande, en compilant, sans patine personnelle, des histoires qu’ils ne sont pas dignes de raconter, Claude Arz digère ses récits et nous en apporte la substantifique moelle. Dans la fidèle lignée des Anatole le Braz, Paul Sebillot ou encore Claude Seignolle, ces extraordinaires « passeurs de mémoire », Claude Arz convoiterait-il le doux titre de « chasseur de légendes » ? Nous lui souhaitons. Après La France mystérieuse (2006), un ouvrage indispensable à ranger en bonne place dans votre bibliothèque. Valentin.

 

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16.02.2008

La ferme des maléfices

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                C’est au début des années 1980 que l’affaire de Buriane éclata. Bâtie à plus de 1 100 mètres d’altitude, dans les monts du Forez, la ferme de Buriane était à l’époque complètement isolée, perdue au milieu de vastes landes de bruyère balayées par les vents puissants de l’Est. Trois générations de paysans habitaient cette sombre bâtisse adossée à la face nord de la montagne, dont toutes les pièces communiquaient avec la grange et l’étable. Le confort y était rudimentaire : sol en terre battue, meubles rares et rustiques, toilettes à l’étable, au milieu des vaches.
En 1984, la ferme était occupée par 5 personnes : un couple — Jeannine J., 40 ans, une femme énergique, solide au travail et d’un tempérament fort, et son mari, Marcel J., 50 ans, au chômage —, leur fils de 20 ans et les grands-parents dont le grand-père (père de Jeannine) qui, victime d’une chute de croix dans le cimetière du village, était grabataire, ne se déplaçant à l’intérieur de la maison qu’en chaise roulante poussée par sa vieille mais robuste épouse.
    Une nuit de mars 1984, le lit de Jeannine se remplit mystérieusement d’épingles. Puis une pierre écrasa son lit, la malheureuse femme échappant de peu à la mort. Les jours suivants, les vaches et les chèvres moururent une à une d’hémorragie interne : à l’autopsie, le vétérinaire trouvera dans leur panse des centaines d’épingles. La vie devint intenable à la ferme. Tous les matins, Jeannine et son mari découvraient des cadavres de vaches.
La famille ensorcelée ne dormait plus, en proie à la hantise de la persécution. La nuit, ils entendaient des bruits de pas dans la cour, des volets claquaient alors qu’il n’y avait pas le moindre vent, des raclements de gorge terrorisaient le grand-père.
Le seul membre de la famille qui fit face à l’agression magique fut Jeannine qui, dès le début, désigna le commis J. M., un vieux garçon un peu simplet, comme le responsable de toutes ces diableries. Une information judiciaire fut ouverte dès le printemps et la gendarmerie, sous l’autorité de l’adjudant-chef M. C., arrêta le commis. Pourtant, faute de preuves, la justice le relâchera quelque temps plus tard.
    C’est alors que survint, dans cette atmosphère empoisonnée, un personnage doué d’un charisme ensorceleur, J. C., le mage de Fleurac, qui prit sous son aile protectrice la famille ensorcelée. Surgi de Dordogne, le mage devint le désenvoûteur attitré de Jeannine et désigna très vite comme responsable de ses malheurs C., une voisine de la vallée, qui, selon le mage, avait « le pouvoir de faire apparaître des épingles à distance grâce à des livres de magie noire ».
Dans le même temps, le mage entreprit, moyennant finances, d’exorciser la maison ensorcelée, parcourant à grandes enjambées les chambres et l’étable, en lisant d’une voix sourde Le livre secret des grands exorcismes et bénédictions, au milieu de vapeurs d’encens et dans la pâle clarté des bougies.
Pour finaliser le contre-envoûtement, Jeannine fit un pèlerinage d’exorcisme à San Damiano, petit village italien où la Vierge Marie était apparue à Mamma Rosa. De ce voyage, Jeannine rapportera une statue qu’elle placera au-dessus de son lit en guise de protection contre les démons qui la persécutaient. Pourtant, le phénomène continua : les épingles réapparaissaient et piquaient Jeannine au milieu de la nuit, dans son lit, dans la grange, dans la cuisine. Un vrai cauchemar. La famille perdit le goût au travail et la ferme périclita.
Au même moment, l’adjudant-chef M. C., continuant son enquête, dirigea ses soupçons sur la voisine C. Il avait en effet découvert que cette dernière était une cousine de Jeannine et qu’elle aurait bien voulu marier sa fille Cécile avec le fils de Jeannine pour faire fusionner les deux fermes. Le motif devenait donc économique : créer une plus grande ferme de 30 à 40 hectares, plus rentable. Pourtant, le gendarme se heurta à une énigme : d’où venaient les épingles ? Il n’en trouva aucune du type découvert dans le lit de Jeannine ou dans la panse des vaches chez les détaillants et les quincailliers de la région.
    En juillet 1985, alors que le phénomène durait depuis plus d’un an, l’affaire prit une tournure nationale : FR3 et le journal Le Monde relatèrent les étranges phénomènes. On parla du retour des sorciers et de la survivance de vieilles pratiques d’envoûtement dans la France profonde.
Attirés par la rumeur, des radiesthésistes, des parapsychologues et des exorcistes rappliquèrent de toute la France pour vendre leurs médications, onguents et autres breuvages contre le mal. Or ils connaîtront tous l’échec : le jeune exorciste F. R. avouera, après avoir passé trois heures dans la ferme, « avoir été frappé de paralysie faciale » ; le voyant T. L. recevra dans l’obscurité de la maison une paire de claques qui le blesseront sérieusement ; et enfin, le curé du village mourra subitement d’un accident de voiture en revenant de la ferme où il avait été prier avec la famille envoûtée.
Coïncidences, hasard malheureux, diront les sceptiques ; hystérie collective, analyseront les médecins rationalistes ; transes hallucinatoires, expliqueront les sociologues. Tout au long de cette période, le mage de Fleurac, lui, continuera de traquer le mal en toute sérénité.
En 1986, un journaliste du magazine Géo, M. S., qui enquêta sur l’affaire, fit une troublante découverte : une usine de jouets Gégé, désaffectée depuis dix ans, abritait encore des milliers d’épingles qui garnissaient les trousses des couturières. Or, la population locale ne s’était pas gênée pour piller les stocks d’épingles. Certains pensèrent que des membres de la famille J. s’y étaient peut-être servis pour commettre leurs actes de vengeance et de jalousie... Toujours est-il que les persécutions continuèrent pendant des années, épuisant un à un les membres de la famille J.
L'affaire de Buriane évoque deux autres affaires. D'abord, celle de Séron (Hautes-Pyrénées) où, en 1978, des incendies diaboliques s'allumaient spontanément dans les couettes et les armoires à linge de la famille ; ensuite, celle de Moirans-en-Montagne où, en 1997, des feux spontanés se sont déclarés, le plus violent causant la mort de deux personnes. Dans les deux cas, après des mois d'investigations, les coupables furent pris : à la surprise générale, c’était des familiers, voire des membres de la famille. Or, dans l'affaire de la ferme des Maléfices, le mystère est resté entier jusqu'à ce jour.
Pour conclure, on peut dire qu'on trouve dans cette affaire les caractères généraux des histoires de sorcellerie : un phénomène de hantise lié à des persécutions objectives (épingles, mort des vaches, dépression des habitants) qui se répètent de manière régulière ; des envoûtés qui se sentent réellement persécutés et qui vivent l'affaire comme un drame épouvantable ; un désenvoûteur, le mage de Fleurac, qui sait profiter du désarroi de la famille J. ; des enquêteurs perdus dans la jungle de l'irrationnel. Enfin, comment ne pas souligner la force des deux personnages qui dominèrent toute l’affaire : Jeannine, l'Auvergnate farouche qui fit face aux persécutions, qui lutta contre le mauvais sort, et le mage de Fleurac, le désenvoûteur, mi-sorcier, mi-charlatan.

23.12.2007

Paris mystérieux

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On connaît Paris Ville Lumière, on connaît moins Paris ville ésotérique, ville des alchimistes, des mages, des spirites et des sociétés secrètes. Et pourtant, en  quatre siècles, la capitale française est devenue un des hauts lieux de l’ésotérisme mondial, attirant de mystérieux adeptes de l’occultisme, depuis Franz Mesmer et plus tard les surréalistes jusqu’à la nouvelle vague ésotérique du début du XXIe siècle.
L’ésotérisme parisien obéit à une géographie précise, car chaque réseau occupe  un territoire différent : le Paris alchimique s’enflamme pour Nicolas Flamel entre la Seine et le Marais ; le Paris occultiste et spirite opère entre l’avenue de Trudaine et le cimetière du Père-Lachaise ; et enfin le nouveau Paris gothique cherche la compagnie de Belzébuth entre l’île Saint-Louis et le Quartier latin.

 

 

Paris alchimique

 Écrivain public et alchimiste français du XIVe siècle, Nicolas Flamel est connu pour avoir effectué des recherches sur la pierre philosophale. Ayant une charge de libraire-juré-écrivain, il avait ouvert une échoppe, La fleur de lys, près de l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie (l’actuelle Tour Saint-Jacques). Les sources de sa fortune restent mystérieuse, certains chroniqueurs l’ont soupçonné d'avoir pratiqué la spéculation immobilière et l’usure. On pense également que Nicolas Flamel, aidé par sa femme Pernelle, accueillait des malades et les soignait. On peut d'ailleurs toujours lire l'inscription sur la maison qui lui est attribuée, au 51, rue de Montmorency, qui invitait les pauvres à se présenter à eux : « Nous homes et femes laboureurs demourans ou porche de ceste maison qui fut faite en l'an de grâce mil quatre cens et sept somes tenus chascun en droit soy dire tous les jours une paternostre et un ave maria en priant Dieu que sa grâce face pardon aus povres pescheurs trespasses Amen ».
D’après la légende, Nicolas Flamel aurait acquis en 1357, pour deux florins, un ouvrage relié de cuivre, intitulé Le Livre d'Abraham le Juif, constitué de vingt-et-un feuillets contenant des textes alchimiques. Aidé de son épouse Pernelle, il passa près de vingt ans, le soir, à déchiffrer l'ouvrage, mais ses tentatives  échouèrent. Mais en 1378, il rencontra à Saint-Jacques-de-Compostelle un vieux médecin juif converti, Maître Canches, qui l'accompagna lors de son retour vers Paris et lui livra en chemin diverses clefs d'interprétation. Malheureusement, Canches trépassa en route, à Orléans, sans avoir atteint Paris ni vu le manuscrit détenu par Flamel.
Flamel utilisa cependant les méthodes que lui avait enseignées le vieux médecin et, le 25 avril 1382 à 5 heures du soir, il parvint enfin, à transmuter du mercure en or ce qu’il expliqua de la façon suivante: « Je fis la projection avec de la pierre rouge sur semblable quantité de mercure (...) que je transmuay véritablement en quasi autant de pur or, meilleur certainement que l'or commun plus doux et plus ployable ».
A-t-il obtenu le secret de la pierre philosophale, permettant de changer les métaux en or ? Rien ne le prouve. Flamel mourut le 22 mars 1417 ; sa maison et sa tombe furent alors saccagées, sans que l'on trouvât la pierre philosophale.
À quelques vols de corbeau de là, la cathédrale Notre-Dame est devenue un sanctuaire alchimique pour les initiés, qui interprètent des symboles alchimiques dans ses sculptures. Par exemple, sur le portail central, le trumeau partageant l’entrée offre selon certains une allégorie de l’alchimie. Une femme, la tête dans les nuages, tient un livre fermé (ésotérisme) et un autre ouvert (exotérisme), les neuf degrés de l’échelle évoquant les neuf opérations de l’œuvre hermétique. Il s'agit là d'un des emblèmes majeurs de l'Art sacré, à propos duquel les deux écrivains alchimistes majeurs du XX è siècle Fulcanelli et son disciple, E. Canseliet, ont longuement disserté. Du parvis de la cathédrale, il est possible de faire tout un parcours hermétique en commençant par le musée de Cluny, avec ses tapisseries de la Dame à la Licorne et la pierre tombale de Nicolas Flamel, et en terminant par l'église Saint-Méry construite durant la Renaissance par une confrérie d'hermétistes et dont le porche est surmonté du diable Baphomet.

Paris occultiste
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Tout commença en 1778, quand le médecin allemand Franz Anton Mesmer s’installa à Paris, où il ouvrit un étrange cabinet place Vendôme. Cet ami de Mozart et de Marie-Antoinette prétendait qu’il existait « une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés » qui se transmettrait au moyen du fluide magnétique. Ce fluide, soumis à des lois mécaniques jusqu'alors inconnues, active alors l'organisme par le canal des nerfs, s'accumule et se transmet chez l'homme en utilisant divers procédés comme les passes et les attouchements, ou à l'aide d'une baguette de fer. Par ces moyens, il est possible de guérir les maladies et tout aussi efficacement les maladies nerveuses. Au milieu de la foule, Mesmer, vêtu d'un habit de soie lilas, se promenait dans la salle capitonnée et magnétisait avec le concours d'assistants. Il choisissait toujours « jeunes et beaux » les « valets toucheurs » qui travaillaient avec lui (sous ses ordres) à la prise en charge de ses patients. Une ambiance musicale, un piano-forte ou un harmonica, créait l'atmosphère.
En 1780, la technique de Mesmer est acceptée par certains membres de la profession médicale. Il convertit Carles d'Eslon, un des régents de la Faculté de médecine, mais divise Paris en mesmériens et anti-mesmériens. Selon Bailly, rapporteur de la Commission royale chargée par le roi, en 1784, de l'examen du magnétisme animal, voici comment opérait Mesmer : « Au milieu d'une grande salle {…} se trouve une caisse circulaire en bois de chêne : le baquet. Dans l'eau {...} sont immergés de la limaille de fer, du verre pilé et d'autres menus objets. Le couvercle est percé d'un certain nombre de trous d'où sortent des branches de fer, cordées et mobiles que les malades doivent appliquer sur les points dont ils souffrent… L'influence magnétique se fait sentir. Quelques malades sont calmes et n'éprouvent rien. D'autres toussent, crachent, sentent quelques légères douleurs et ont des sueurs. D'autres sont agités par des convulsions extraordinaires »
Si les Français accueillirent Mesmer favorablement, les autorités le condamnèrent pour charlatanisme. La commission Mesmer dénia tout aspect scientifique à ses techniques en concluant : « L’imagination sans magnétisme produit des convulsions…Le magnétisme sans l’imagination ne produit rien ». Désavoué, Mesmer quitta la France en 1784.  Pourtant, ce  fut le mesmérisme qui ouvrit les portes de la médecine psychosomatique et de l'hypnose. Mesmer, héritier de Paracelse, ouvrait la voie à Charcot.
C’est au XIXe siècle que l’occultisme va connaître à Paris un essor considérable avec Eliphas Lévi et Stanislas de Gaïta.
Le premier, de son vrai nom Alphonse Louis Constant, fut le créateur de l’occultisme moderne. Démocrate progressiste et croyant, il s’inspira aussi bien de la gnose chrétienne et de la tradition égyptienne que de la Cabale juive pour écrire des livres sur la magie, dont le fameux Dogme et rituel de la haute magie, et s’engager contre l’autocratie des rois et de Napoléon III.
Le second, Stanislas de Gaïta était une sorte d’ermite qui s’était retranché dans son rez-de-chaussée du 20, avenue Trudaine, où il avait créé un oratoire ésotérique, et qui ne sortait que la nuit. Ayant fait renaître le mouvement rosicrucien, dont l’origine remontait au début du XVe siècle, fondateur de l’Ordre Kabbalistique de La Rose Croix, il écrivit des textes sulfureux comme Le temple de Satan et Le Serpent de la genèse.
Il y eut beaucoup d’ « initiés » dans le voisinage : Villiers de L’Isle-Adam, au 45, rue Fontaine ; le très énigmatique Fulcanelli, auteur de l'étrange texte alchmique Le Mystère des Cathédrales, au 59, rue Rochechouart ; Sédir, le fondateur des Amitiés Spirituelles, et Hippolyte-Léon-Denizard, plus connu sous le pseudonyme d’Allan Kardec, le père du spiritisme, au  8, rue des Martyrs. Ancien régisseur aux Folies Marigny, il eut sa première révélation au 18, rue de la Grange-Batelière, chez monsieur de Plainemaison, qui se fit le propagateur des doctrines venues d’Amérique consistant à faire parler des tables « tournantes, sautantes et courantes ». Auteur du célèbre Livre des Esprits, Allan Kardec est toujours l’objet d’un culte de la part de Fervents qui viennent du monde entier méditer et prendre des énergies sur sa tombe au cimetière du Père-Lachaise.
Aujourd’hui, le Paris occultiste est toujours très actif. On répertorie une centaine de groupes ésotériques, new age, vaudous, spirites, cabalistiques et autres groupuscules initiatiques qui produisent conférences, séminaires et revues destinés à un large public. Ainsi, l’association Atlantis, qui se référant au mythe de l’Atlantide et à l’hypothétique tradition religieuse des Atlantes, analyse l’évolution de la civilisation occidentale d’un point de vue spirituel et annonce l’arrivée salvatrice de l’Ère du Verseau (Aquarius). On peut citer aussi l’Ordre Martiniste, qui publie une revue ésotérique, L’Initiation ou Cahiers de Documentation Esotérique Traditionnelle, qui perpétue les enseignements gnostiques du célèbre docteur Gérard Encausse dit Papus, figure emblématique de l’ésotérisme français du début du XXème siècle. Aujourd’hui, le Cercle Philippe Encausse, traversé par les courants hermétistes tels que l’alchimie, la Kabbale, le rosicrucisme et l’illuminisme, rassemble les chercheurs intéressés par le courant traditionnel occidental issu de la gnose des premiers siècles de l’ère chrétienne.

Les nouveaux mystères de Paris


Depuis le début du XXIe siècle, Paris suscite à nouveau l’intérêt d’amateurs de curiosités ésotériques. Dans ce bouillon de culture occulte, se distinguent quelques activités particulièrement  révélatrices du nouveau climat d’engouement pour l’insolite et le paranormal. Très tendance,  les repas ufologiques parisiens* traitent sous forme de conférences interactives avec le public, de sujets aussi vastes que l’origine des Ovnis, les abductions, les civilisations extraterrestres ou les Rencontre du Troisième type et autres mystères archéoastronomiques ; plus funèbres, Les visites spirites** du Père Lachaise  organisées par Vincent de Langlade, grand spécialistes des tombes légendaires, attirent de nombreux curieux séduits par les histoires  étranges qui courent le long des mausolées comme par exemple celle du culte nocturne sur la tombe de Jeanne Adélaïde Félicité ;plus gothique, Le Halo de Lutèce, un cercle confidentiel de dandys fait la promotion du vampirisme esthétique, s’inspirant du mouvement new-yorkais Sabretooth; enfin plus scientifique, l’Institut Métapsychique International, fondation reconnue d’utilité publique depuis 1919, se consacre à l’étude  rationnelle des phénomènes paranormaux (télépathie, télékinésie, précognition, perceptions extrasensorielles) et organise des conférences et des expériences dans le but de relancer la recherche parapsychologique en France.
Enfin comment ne pas évoquer le regain considérable de notoriété que connaissent l'église Saint-Sulpice et la pyramide du  Louvre depuis la parution en 2004 du roman ésotérique de Don Brown Da Vinci Code. Dan Brown affirme en effet que l’église Saint-Sulpice fut le repère d’une confrérie protégeant le Graal et que son sol est criblé de messages symboliques. Quoi qu'il en soit, il est exact que l'église recèle un élément étrange en son sein : un gnomon du XVIIIe siècle. Un gnomon est un instrument de mesure astronomique, formé d'une tige verticale projetant l'ombre du soleil ou de la lune sur un écran horizontal, permettant ainsi de mesurer leur hauteur au-dessus de l'horizon. Celui-ci est constitué d'un obélisque de marbre blanc de 10 m de hauteur, surmonté d'une sphère de laquelle descend une ligne de cuivre jusqu'au sol. Cette ligne au sol est censée représenter le méridien de Paris. On dit qu'elle n'est pas tout à fait exacte. Elle date tout de même de 1722. Pour découvrir ce gnomon et en profiter pour marcher sur les pas des héros de Da Vinci Code, il faut aller dans l'aile gauche du transept de Saint-Sulpice de préférence, lorsque le soleil est à son zénith ; ses rayons entrent alors par un orifice situé dans une fenêtre du transept nord et se déplacent dans la largeur de l'église jusqu'au sommet de l'obélisque.
Quant à la pyramide du Louvre, elle concentre depuis sa création tous les fantasmes occultistes, considérée successivement comme un haut lieu sacré, un temple sataniste et un éperon cosmique. Si tout le monde a entendu parler de Belphégor, le fantôme tueur qui rôderait  dans la gaelrie des Dieux barbares, par contre peu de gens savent que la Pyramide du Louvre est considérés par un groupe d’initiés, les Frères de l’Arche, comme une sorte d’aiguille cosmo-tellurique qui attirerait de mystérieuses forces. En effet, édifiée au centre d’une sorte de Cromlech fait de monument prestigieux modernes dont le rayon serait délimité par le menhir que constitue l’obélisque de la Concorde, la Pyramide serait placée dans l’alignement du vieux méridien  zéro de Paris, lui conférant ainsi un tellurisme positif intense.
Surfant sur la vague du surnaturel, des tour-opérateurs organisent même des balades mystérieuses dans le centre de Paris à la recherche des Templiers dans le Marais et des alchimistes autour de la Tour Saint-Jacques.
    Un dernier site, plus catholique celui-là, la Chapelle miraculeuse, située au 140 de la rue du Bac, Paris IV (Métro Rue du Bac ou Sèvres-Babylone) attire également la curiosité des amateurs d’ésotérisme. En effet, de nombreux pèlerins venus du monde entier visitent ce lieu de culte. La Vierge y serait apparue en hiver 1827. Catherine Labouré, une jeune paysanne qui rejoignait les Filles de la Charité, priait dans la chapelle quand soudain, elle aperçut une femme habillée d'une robe de soie blanche aurore. Les apparitions cesseront en 1830, mais depuis 1832, on vend une médaille rappelant l'événement. Catherine Labouré fut béatifiée en 1947.

En conclusion, on peut dire que Paris a attiré depuis le Moyen Age toutes sortes d'aventuriers de l’occulte, tous séduits par la géographie de la ville et y plantant les fleurs souvent vénéneuses du surnaturel. 

 

Quelques rendez-vous ...

*Repas ufologiques
Tous les premiers mardis de chaque mois ; mezzanine du cafeteria Casino, centre commercial des Quatre Temps, la Défense. Métro : ligne 1, Esplanade de la défense.


**Visite spirite du cimetière Le Père lachaise
2 fois par an. Guide : Vincent de Langlade
Rens : 01 40 33 16 44

 

***Institut Métapsychique International
51, rue de de l’Aqueduc 75010 Paris
Tél : 01 46 07 23 85
 

Sources

- Rapport de l'Académie des Sciences et la Société Royale de Médecine, 1784.

- Dogme et rituel de haute magie, Eliphas Levi, 1854

-Le livre des esprits, Alan Kardec,1857

- Le temple de Satan, Stanislas de Guaita, 1891.  

- Le mystère des cathédrales, Fulcanelli,  Jean Schemit, 1926

- Guide du Paris mystérieux, Tchou, 1966, rééd. 2004. 

-Œuvres, Le livre des figures hiéroglyphiques, Nicolas Flamel. Ed. Pierre Belfond,  1973.

- Guide du Paris initiatique, Richard Raczynski, Dualpha, 2006

La revue Atlantis
30, rue de la Marseillaise
94300 Vincennes

La revue l’Initiation
69/89, rue Jules Michelet
92700 Colombes
www.initiation.fr

07.09.2007

L'étrange domaine de l'abbé Saunière

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Asmodée 
Photo Nicole Chatelier

Le petit village de Rennes-le-Château, perché sur une colline  dominant la région du Razès, abrite une église qui cache l’une des plus grandes énigmes ésotériques du XXe siècle. Ornée d’étranges symboles  - notamment un terrifiant diable -, elle reste à jamais liée au destin de celui qui l’a restaurée au début du XXe siècle, l’énigmatique abbé Bérenger Saunière. Aujourd’hui encore, des chercheurs de trésors prospectent toujours aux alentours du village souvent accompagnés de fervents amateurs d’occultisme et de confréries secrètes.


Un mystérieux trésor
C’est à Rennes-le-Château que le jeune abbé Bérenger Saunière prit, en juin 1885, ses fonctions de curé de village. Cette ancienne capitale du royaume des Wisigoths, perchée sur un promontoire rocheux, dominant la vallée de l’Aude et de Sals, n’était plus qu’un nid d’aigle oublié de tous et à peine peuplé de trois cents habitants. La nomination de l’abbé Saunière à Rennes-le-Château était une sanction car ce jeune professeur au séminaire de Narbonne  venait d’être rétrogradé pour indiscipline. De nature insolente, indépendant et intégriste, l’abbé Bérenger Saunière était farouchement  antirépublicain.
À son arrivée, Bérenger Saunière découvrit l'église Sainte-Marie-Madeleine dans un état de délabrement avancé. Les voûtes s’affaissaient sous le poids d’une toiture tombant en ruines et l'eau tombait sur la tête des fidèles lors des offices. Le presbytère dans lequel il aménagea ses appartements, était dans un état encore plus déplorable, envahi même par des poules.
Devant ce sinistre état des lieux, Bérenger Saunière décida donc de restaurer l’église du village. C’est au cours de ces travaux, en juillet 1887, qu’il fit deux découvertes déterminantes pour la suite de l’histoire : d’une part, de mystérieux parchemins dissimulés dans un pilier creux et d’autre part, une marmite remplie de pièces d’or sous une dalle, la dalle des chevaliers.
Saunière garda le trésor pour financer la suite de ses travaux et décida de déchiffrer les parchemins. On le vit courir la nuit dans les champs, un sac sur le dos, en compagnie de sa gouvernante, Marie Denarnaud,  revenant tous les soirs, le sac rempli de cailloux choisis avec soin. Quand on l'interrogeait sur ses sorties nocturnes, il répondait ,imperturbable, qu'il avait décidé d'orner d'une grotte en pierre le minuscule jardin qui se trouvait en face de l'église, une grotte d’ailleurs toujours en place mais pillée. Se rendit-il à Paris comme certains l’ont prétendu, s’introduisit-il dans les milieux occultes et spirites pour y rencontrer le jeune moine Émile Hofflet, spécialiste des écritures anciennes, amateur de sociétés secrètes et ami du célèbre ésotériste René Guénon ? Beaucoup en doutent.
Ce qui est sûr, c’est que l’abbé fut dès lors pris d’une frénésie architecturale et se lança dans des dépenses somptuaires, faisant paver le sol de l’église avec des dalles carrées noires et blanches, l’ensemble évoquant un échiquier. Quant au décor de l’église, il dégage toujours aujourd’hui une atmosphère trouble et inquiétante, renforcée par cette inscription sur le fronton de l’église : « Terribilis est locus iste » (« Ce lieu est terrible »), allusion au caractère tellurique puissant du site, diront certains ésotéristes. À l’entrée, Asmodée, le diable cornu et boiteux, le surintendant des enfers qui connaît le secret des trésors cachés, veille, soutenant le bénitier, surmonté des initiales « B.S ». Ce démon aux couleurs criardes, de dimensions humaines et le regard mauvais, est assis ; deux de ses doigts forment un cercle, une de ses côtes est plate, le mamelon n'est pas à sa place. La présence de ce diable dans la maison de Dieu, présence rare et insolite, suscitera de multiples commentaires : satanisme, culte aux forces païennes, exorcisme…
En 1900, l’abbé Saunière acheta des terrains et fit édifier, pour plus d’un million de francs or de l’époque, la villa Béthanie et une tour néogothique de deux étages, la tour Magdala, dans laquelle il installa une vaste bibliothèque. Il fit agrémenter le domaine avec un chemin de ronde, un parc, des bassins, un potager et un verger. À la villa défilaient des personnages célèbres : le secrétaire d'État aux Beaux-Arts Dujardin-Baumetz ; mais aussi Andrée Bruguière, femme de lettres en vogue, qui se faisait appeler marquise d'Artois, la marquise de Bozas, d'authentique noblesse, et un personnage surnommé « étranger » par les gens du pays, qui n'était autre que l'archiduc Jean de Habsbourg, cousin de l'empereur d'Autriche-Hongrie. Le village, surpris par la vie mondaine de son curé, lui pardonna tout, celui-ci étant d'une générosité sans limites.
Pendant tout ce temps, Bérenger Saunière n’échappera à aucune accusation plausible ou fantasmatique. On l’accusa ainsi pêle-mêle de trafics de messes, d’adoration du diable, de détournement d’argent et de tentative de coup d’État monarchiste, son presbytère étant devenu le repaire de tous les royalistes d’Europe. Il donna sa démission de prêtre le 1er février 1909, fut déchu de ses fonctions sacerdotales en 1911 et fut même inculpé pour trafic de messes en 1915. Jusqu'à sa mort, il vivra sans argent, vendant des médailles religieuses et des chapelets aux soldats blessés soignés à Campagne-les-Bains. Il sera même accusé d'avoir hébergé des espions allemands et mourut le 22 janvier 1917, à l'âge de 65 ans, frappé d'une hémorragie cérébrale, à la porte de la tour Magdala. Toujours aimé de ses paroissiens, son cadavre fut exposé sur le chemin de ronde, recouvert d'une tenture à pompons rouges. À sa mort, une partie de sa bibliothèque aurait été rachetée par la Ligue de la Librairie ancienne (International League of Antiquarian Booksellers), institution anglaise qui acquerera également la bibliothèque de son ami l'abbé Hoffet. Étrange destinée de cet homme, car on s'aperçoit, à l'ouverture de son testament, que ce prodigue ne possède rien : tout est au nom de sa gouvernante Marie Denarnaud, qui mourut en 1954, gardant au fond d’elle l’énigme de Rennes-le-Château.


Une légende moderne
C’est l’écrivain Gérard de Sède qui va redonner vie à l’abbé Bérenger Saunière, retombé dans l’oubli, en  publiant coup sur coup L'or de Rennes ou la vie insolite de Bérenger Saunière, en 1967, et Le trésor maudit de Rennes-le-Château, en 1968. Le succès est immédiat, et Rennes-le-Château va attire des centaines de chercheurs de trésors et d’amateurs d’énigmes ésotériques. Le livre révèle en effet que l’abbé a sans doute trouvé une partie du fabuleux trésor des Mérovingiens pour financer son domaine, ayant dépensé plus de trois cent mille euros actuels dans ses travaux. Le conseil municipal de Rennes-le-Château fut même amené à prendre des mesures draconiennes en interdisant tous types de fouilles sur le territoire de la commune de Rennes-le-Château, et la gendarmerie locale dut intervenir plusieurs fois pour stopper certains individus  qui creusaient à la dynamite  les environs de l’église.
Dès lors, les hypothèses les plus délirantes vont se répandre. L’abbé Saunière aurait-il découvert le trésor des Templiers, ou bien celui des Cathares, ou bien même celui de Blanche de Castille ?
Gérard de Sède, lui, affirma que les parchemins trouvés par l’abbé Saunière révélaient de façon incontestable que l’abbé Saunière avait trouvé une partie du trésor des Mérovingiens, s’inspirant ainsi des révélations d’un mystérieux Prieuré de Sion, vieux de 700 ans, qui l’aurait guidé dans ses recherches. Cette confrérie secrète, gardienne du secret, aurait eu pour but d’assurer la survie de la lignée mérovingienne et faire en sorte qu'elle remonte sur le trône de France. Or, on sait maintenant que Gérard de Sède a été manipulé et mystifié  par un certain Pierre Plantard, qui avait créé de toutes pièces le fameux Prieuré de Sion dans les années 1950, c’est-à-dire 60 ans après les découvertes de l’abbé Saunière. Conspirateur, Plantard eut en effet l’étrange idée, en compagnie d’un marquis érudit et fantasque, Philippe de Cherisey, de fabriquer les parchemins prétendument retrouvés par le curé, qui détaillaient la royale ascendance de Plantard et la lignée de la fondation du Prieuré de Sion, qui aurait été créé en 1099, avec la liste prestigieuse de ses grands maîtres tels que Léonard de Vinci, Debussy, Cocteau…
 Plantard et Cherisey iront même jusqu’à déposer leurs faux documents à la Bibliothèque nationale au milieu des années 1960. Ce sont les fameux « dossiers secrets » que l’écrivain Dan Brown, auteur de Da Vinci Code, évoque dans sa préface comme preuve irréfutable de l’existence du Prieuré.
Dans les années 1980, Gérard de Sède  avoua lui-même dans son livre Rennes-le-Château, Le dossier, les impostures, les fantasmes, les hypothèses comment il avait été trahi par cet aventurier. Mais l’affaire ne s’arrêta pas là car trois Anglo-Saxons, Richard Leigh, Henry Lincoln et Michael Baigent, passionnés d’ésotérisme et manipulés par Plantard, publient  en 1982 un étrange livre, L’Énigme sacrée (Holy Blood, Holy Grail), dans lequel les auteurs affirment que  les Mérovingiens sont en réalité les arrière arrière-petits-enfants de Jésus et Marie-Madeleine, établissant sans complexe des liens entre Nostradamus et Alain Poher, De Gaulle et Louis XIV, et expliquent que « le monde actuel a besoin d’un véritable chef ».
Au milieu des hypothèses les plus farfelues surnage l’idée toute simple que l’abbé Saunière aurait découvert, au cours de ses recherches, le trésor local de l’église que le curé Bigou, persécuté pendant la Révolution française, aurait caché dans des grottes sur la colline de Rennes –le-Château.
Cependant, le mystère persiste toujours aujourd’hui et les chercheurs de trésor continuent à fouiller la colline de Rennes-le-Château, quelquefois même à coups de dynamite ; quant aux amateurs de sites ésotériques, ils rôdent toujours dans les rues du village et autour de l’église, espérant découvrir le secret de ce curé de campagne qui mourut pauvre et rejeté de tous. Depuis plus de 30 ans, Rennes-le-Château est devenu le haut lieu des occultistes, des rosicruciens, des kabbalistes et même des ufologues.

 

02.09.2007

La grotte du Jugement dernier

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Fondée par Charlemagne en 769, l’abbaye bénédictine troglodytique de Brantôme abrite une grotte insolite dite  du « Jugement dernier ». Les hauts-reliefs qui ornent cette grotte sont parmi les plus beaux ensembles sculptés dans un site troglodytique, au même titre que ceux du temple d'Abu Simbel, en Égypte, et ceux de Pétra, en Jordanie.

Des hauts-reliefs énigmatiques
Quand  les premiers archéologues découvrent, au milieu du XIXe siècle, les hauts-reliefs de la grotte de Brantôme, ils appellent l’ensemble « Jugement dernier ». Or, le marquis de Fayolle, président de la Société historique du Périgord, analysant en 1890 les deux grandes sculptures qui composent cette œuvre, expliqua qu’il ne s’agit pas du Jugement dernier mais bien du Triomphe de la Mort inspiré par les danses macabres de la fin du Moyen Âge, ce que l’archéologue Gilles Delluc confirmera en 1985.
La première fresque sculptée, un haut-relief d’environ cinq mètres de haut sur cinq mètres de large, représente une fresque évoquant la mort dominée par Dieu. Cependant, un examen plus attentif du panneau permet de distinguer trois parties. La partie la plus haute est constituée d’une grande divinité à peine dégrossie, entourée d’un ange en vol et de deux personnages agenouillés. Juste en dessous, la mort armée de sa faux, flanquée de chaque côté d’un ange à genoux, sonnant de la trompette. En guise de soubassement, une tête couronnée de tibias et de fémurs. De part de d’autre, des petits figurants, sans doute des hommes et des femmes, de toutes conditions sociales : guerrier, dames, moines… Le marquis de Fayolle y voyait même un pape, un bourgeois, un empereur, une religieuse et un seigneur. Tout le monde danse avec la mort, les riches comme les pauvres, les puissants seigneurs comme les manants. Seul le Dieu tutélaire règne sans partage au-dessus des hommes, leur rappelant qu’il n’y a pas de salut en dehors de lui. Il s’agit bien ici d’une sculpture rappelant les danses macabres, destinées à édifier les populations, à montrer que la vie sur terre conduit inéluctablement à la mort et à maîtriser les désordres, les guerres et les tentations de cette fin du XVe siècle.
Sur la paroi qui fait face au Triomphe de la Mort, un thème plus courant a été sculpté : la Crucifixion. Le Christ en croix, entouré de Marie à sa droite et de Jean à sa gauche, domine la ville de Jérusalem. Marie-Madeleine étreint la Croix, un moine assis à droite et un personnage agenouillé à gauche contemplent la scène. Ce panneau assez conventionnel a sans doute été sculpté plus tardivement que le Triomphe de la Mort, au XVIIIe siècle sans doute.
Une atmosphère païenne
De quand date ce panneau sculpté ? Fin du XVe siècle, affirment les archéologues Brigitte et Gilles Delluc, mais si l’on est certain des dates de la création des hauts-reliefs, on ne sait rien de leurs auteurs, tant leur facture est étrangère aux courants religieux connus de l’époque.
Comme aucun document ne vient éclairer son origine, toutes sortes d’hypothèses ont été évoquées. Par exemple, Georges Bussière, l’historien spécialiste du site de Brantôme, rappelle que des hérésiarques partisans du « gentilisme » avaient vécu à Brantôme, y créant même un ermitage. D’autres évoquent plutôt un art populaire et contestataire dans le même esprit que les statues grotesques de Denézé-sous-Doué. Une atmosphère païenne pèse assurément sur la grotte du Triomphe de la Mort. Le dieu sculpté, assis sur un fauteuil, évoque plutôt une divinité gauloise que chrétienne, en l’occurrence le fameux dieu Lug, porteur de lumière. Une impression de force sauvage émane de la statue qui évoque une idole destinée à quelques cultes sacrificatoires.
     Qui percera les mystères de l'immense panneau sculpté trouvé dans la grotte de l'abbaye troglodytique de Brantôme ?

25.01.2007

Maison Hantée

Interview de Claude Arz sur le site de Maison Hantée