23.12.2007

Paris mystérieux

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On connaît Paris Ville Lumière, on connaît moins Paris ville ésotérique, ville des alchimistes, des mages, des spirites et des sociétés secrètes. Et pourtant, en  quatre siècles, la capitale française est devenue un des hauts lieux de l’ésotérisme mondial, attirant de mystérieux adeptes de l’occultisme, depuis Franz Mesmer et plus tard les surréalistes jusqu’à la nouvelle vague ésotérique du début du XXIe siècle.
L’ésotérisme parisien obéit à une géographie précise, car chaque réseau occupe  un territoire différent : le Paris alchimique s’enflamme pour Nicolas Flamel entre la Seine et le Marais ; le Paris occultiste et spirite opère entre l’avenue de Trudaine et le cimetière du Père-Lachaise ; et enfin le nouveau Paris gothique cherche la compagnie de Belzébuth entre l’île Saint-Louis et le Quartier latin.

 

 

Paris alchimique

 Écrivain public et alchimiste français du XIVe siècle, Nicolas Flamel est connu pour avoir effectué des recherches sur la pierre philosophale. Ayant une charge de libraire-juré-écrivain, il avait ouvert une échoppe, La fleur de lys, près de l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie (l’actuelle Tour Saint-Jacques). Les sources de sa fortune restent mystérieuse, certains chroniqueurs l’ont soupçonné d'avoir pratiqué la spéculation immobilière et l’usure. On pense également que Nicolas Flamel, aidé par sa femme Pernelle, accueillait des malades et les soignait. On peut d'ailleurs toujours lire l'inscription sur la maison qui lui est attribuée, au 51, rue de Montmorency, qui invitait les pauvres à se présenter à eux : « Nous homes et femes laboureurs demourans ou porche de ceste maison qui fut faite en l'an de grâce mil quatre cens et sept somes tenus chascun en droit soy dire tous les jours une paternostre et un ave maria en priant Dieu que sa grâce face pardon aus povres pescheurs trespasses Amen ».
D’après la légende, Nicolas Flamel aurait acquis en 1357, pour deux florins, un ouvrage relié de cuivre, intitulé Le Livre d'Abraham le Juif, constitué de vingt-et-un feuillets contenant des textes alchimiques. Aidé de son épouse Pernelle, il passa près de vingt ans, le soir, à déchiffrer l'ouvrage, mais ses tentatives  échouèrent. Mais en 1378, il rencontra à Saint-Jacques-de-Compostelle un vieux médecin juif converti, Maître Canches, qui l'accompagna lors de son retour vers Paris et lui livra en chemin diverses clefs d'interprétation. Malheureusement, Canches trépassa en route, à Orléans, sans avoir atteint Paris ni vu le manuscrit détenu par Flamel.
Flamel utilisa cependant les méthodes que lui avait enseignées le vieux médecin et, le 25 avril 1382 à 5 heures du soir, il parvint enfin, à transmuter du mercure en or ce qu’il expliqua de la façon suivante: « Je fis la projection avec de la pierre rouge sur semblable quantité de mercure (...) que je transmuay véritablement en quasi autant de pur or, meilleur certainement que l'or commun plus doux et plus ployable ».
A-t-il obtenu le secret de la pierre philosophale, permettant de changer les métaux en or ? Rien ne le prouve. Flamel mourut le 22 mars 1417 ; sa maison et sa tombe furent alors saccagées, sans que l'on trouvât la pierre philosophale.
À quelques vols de corbeau de là, la cathédrale Notre-Dame est devenue un sanctuaire alchimique pour les initiés, qui interprètent des symboles alchimiques dans ses sculptures. Par exemple, sur le portail central, le trumeau partageant l’entrée offre selon certains une allégorie de l’alchimie. Une femme, la tête dans les nuages, tient un livre fermé (ésotérisme) et un autre ouvert (exotérisme), les neuf degrés de l’échelle évoquant les neuf opérations de l’œuvre hermétique. Il s'agit là d'un des emblèmes majeurs de l'Art sacré, à propos duquel les deux écrivains alchimistes majeurs du XX è siècle Fulcanelli et son disciple, E. Canseliet, ont longuement disserté. Du parvis de la cathédrale, il est possible de faire tout un parcours hermétique en commençant par le musée de Cluny, avec ses tapisseries de la Dame à la Licorne et la pierre tombale de Nicolas Flamel, et en terminant par l'église Saint-Méry construite durant la Renaissance par une confrérie d'hermétistes et dont le porche est surmonté du diable Baphomet.

Paris occultiste
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Tout commença en 1778, quand le médecin allemand Franz Anton Mesmer s’installa à Paris, où il ouvrit un étrange cabinet place Vendôme. Cet ami de Mozart et de Marie-Antoinette prétendait qu’il existait « une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés » qui se transmettrait au moyen du fluide magnétique. Ce fluide, soumis à des lois mécaniques jusqu'alors inconnues, active alors l'organisme par le canal des nerfs, s'accumule et se transmet chez l'homme en utilisant divers procédés comme les passes et les attouchements, ou à l'aide d'une baguette de fer. Par ces moyens, il est possible de guérir les maladies et tout aussi efficacement les maladies nerveuses. Au milieu de la foule, Mesmer, vêtu d'un habit de soie lilas, se promenait dans la salle capitonnée et magnétisait avec le concours d'assistants. Il choisissait toujours « jeunes et beaux » les « valets toucheurs » qui travaillaient avec lui (sous ses ordres) à la prise en charge de ses patients. Une ambiance musicale, un piano-forte ou un harmonica, créait l'atmosphère.
En 1780, la technique de Mesmer est acceptée par certains membres de la profession médicale. Il convertit Carles d'Eslon, un des régents de la Faculté de médecine, mais divise Paris en mesmériens et anti-mesmériens. Selon Bailly, rapporteur de la Commission royale chargée par le roi, en 1784, de l'examen du magnétisme animal, voici comment opérait Mesmer : « Au milieu d'une grande salle {…} se trouve une caisse circulaire en bois de chêne : le baquet. Dans l'eau {...} sont immergés de la limaille de fer, du verre pilé et d'autres menus objets. Le couvercle est percé d'un certain nombre de trous d'où sortent des branches de fer, cordées et mobiles que les malades doivent appliquer sur les points dont ils souffrent… L'influence magnétique se fait sentir. Quelques malades sont calmes et n'éprouvent rien. D'autres toussent, crachent, sentent quelques légères douleurs et ont des sueurs. D'autres sont agités par des convulsions extraordinaires »
Si les Français accueillirent Mesmer favorablement, les autorités le condamnèrent pour charlatanisme. La commission Mesmer dénia tout aspect scientifique à ses techniques en concluant : « L’imagination sans magnétisme produit des convulsions…Le magnétisme sans l’imagination ne produit rien ». Désavoué, Mesmer quitta la France en 1784.  Pourtant, ce  fut le mesmérisme qui ouvrit les portes de la médecine psychosomatique et de l'hypnose. Mesmer, héritier de Paracelse, ouvrait la voie à Charcot.
C’est au XIXe siècle que l’occultisme va connaître à Paris un essor considérable avec Eliphas Lévi et Stanislas de Gaïta.
Le premier, de son vrai nom Alphonse Louis Constant, fut le créateur de l’occultisme moderne. Démocrate progressiste et croyant, il s’inspira aussi bien de la gnose chrétienne et de la tradition égyptienne que de la Cabale juive pour écrire des livres sur la magie, dont le fameux Dogme et rituel de la haute magie, et s’engager contre l’autocratie des rois et de Napoléon III.
Le second, Stanislas de Gaïta était une sorte d’ermite qui s’était retranché dans son rez-de-chaussée du 20, avenue Trudaine, où il avait créé un oratoire ésotérique, et qui ne sortait que la nuit. Ayant fait renaître le mouvement rosicrucien, dont l’origine remontait au début du XVe siècle, fondateur de l’Ordre Kabbalistique de La Rose Croix, il écrivit des textes sulfureux comme Le temple de Satan et Le Serpent de la genèse.
Il y eut beaucoup d’ « initiés » dans le voisinage : Villiers de L’Isle-Adam, au 45, rue Fontaine ; le très énigmatique Fulcanelli, auteur de l'étrange texte alchmique Le Mystère des Cathédrales, au 59, rue Rochechouart ; Sédir, le fondateur des Amitiés Spirituelles, et Hippolyte-Léon-Denizard, plus connu sous le pseudonyme d’Allan Kardec, le père du spiritisme, au  8, rue des Martyrs. Ancien régisseur aux Folies Marigny, il eut sa première révélation au 18, rue de la Grange-Batelière, chez monsieur de Plainemaison, qui se fit le propagateur des doctrines venues d’Amérique consistant à faire parler des tables « tournantes, sautantes et courantes ». Auteur du célèbre Livre des Esprits, Allan Kardec est toujours l’objet d’un culte de la part de Fervents qui viennent du monde entier méditer et prendre des énergies sur sa tombe au cimetière du Père-Lachaise.
Aujourd’hui, le Paris occultiste est toujours très actif. On répertorie une centaine de groupes ésotériques, new age, vaudous, spirites, cabalistiques et autres groupuscules initiatiques qui produisent conférences, séminaires et revues destinés à un large public. Ainsi, l’association Atlantis, qui se référant au mythe de l’Atlantide et à l’hypothétique tradition religieuse des Atlantes, analyse l’évolution de la civilisation occidentale d’un point de vue spirituel et annonce l’arrivée salvatrice de l’Ère du Verseau (Aquarius). On peut citer aussi l’Ordre Martiniste, qui publie une revue ésotérique, L’Initiation ou Cahiers de Documentation Esotérique Traditionnelle, qui perpétue les enseignements gnostiques du célèbre docteur Gérard Encausse dit Papus, figure emblématique de l’ésotérisme français du début du XXème siècle. Aujourd’hui, le Cercle Philippe Encausse, traversé par les courants hermétistes tels que l’alchimie, la Kabbale, le rosicrucisme et l’illuminisme, rassemble les chercheurs intéressés par le courant traditionnel occidental issu de la gnose des premiers siècles de l’ère chrétienne.

Les nouveaux mystères de Paris


Depuis le début du XXIe siècle, Paris suscite à nouveau l’intérêt d’amateurs de curiosités ésotériques. Dans ce bouillon de culture occulte, se distinguent quelques activités particulièrement  révélatrices du nouveau climat d’engouement pour l’insolite et le paranormal. Très tendance,  les repas ufologiques parisiens* traitent sous forme de conférences interactives avec le public, de sujets aussi vastes que l’origine des Ovnis, les abductions, les civilisations extraterrestres ou les Rencontre du Troisième type et autres mystères archéoastronomiques ; plus funèbres, Les visites spirites** du Père Lachaise  organisées par Vincent de Langlade, grand spécialistes des tombes légendaires, attirent de nombreux curieux séduits par les histoires  étranges qui courent le long des mausolées comme par exemple celle du culte nocturne sur la tombe de Jeanne Adélaïde Félicité ;plus gothique, Le Halo de Lutèce, un cercle confidentiel de dandys fait la promotion du vampirisme esthétique, s’inspirant du mouvement new-yorkais Sabretooth; enfin plus scientifique, l’Institut Métapsychique International, fondation reconnue d’utilité publique depuis 1919, se consacre à l’étude  rationnelle des phénomènes paranormaux (télépathie, télékinésie, précognition, perceptions extrasensorielles) et organise des conférences et des expériences dans le but de relancer la recherche parapsychologique en France.
Enfin comment ne pas évoquer le regain considérable de notoriété que connaissent l'église Saint-Sulpice et la pyramide du  Louvre depuis la parution en 2004 du roman ésotérique de Don Brown Da Vinci Code. Dan Brown affirme en effet que l’église Saint-Sulpice fut le repère d’une confrérie protégeant le Graal et que son sol est criblé de messages symboliques. Quoi qu'il en soit, il est exact que l'église recèle un élément étrange en son sein : un gnomon du XVIIIe siècle. Un gnomon est un instrument de mesure astronomique, formé d'une tige verticale projetant l'ombre du soleil ou de la lune sur un écran horizontal, permettant ainsi de mesurer leur hauteur au-dessus de l'horizon. Celui-ci est constitué d'un obélisque de marbre blanc de 10 m de hauteur, surmonté d'une sphère de laquelle descend une ligne de cuivre jusqu'au sol. Cette ligne au sol est censée représenter le méridien de Paris. On dit qu'elle n'est pas tout à fait exacte. Elle date tout de même de 1722. Pour découvrir ce gnomon et en profiter pour marcher sur les pas des héros de Da Vinci Code, il faut aller dans l'aile gauche du transept de Saint-Sulpice de préférence, lorsque le soleil est à son zénith ; ses rayons entrent alors par un orifice situé dans une fenêtre du transept nord et se déplacent dans la largeur de l'église jusqu'au sommet de l'obélisque.
Quant à la pyramide du Louvre, elle concentre depuis sa création tous les fantasmes occultistes, considérée successivement comme un haut lieu sacré, un temple sataniste et un éperon cosmique. Si tout le monde a entendu parler de Belphégor, le fantôme tueur qui rôderait  dans la gaelrie des Dieux barbares, par contre peu de gens savent que la Pyramide du Louvre est considérés par un groupe d’initiés, les Frères de l’Arche, comme une sorte d’aiguille cosmo-tellurique qui attirerait de mystérieuses forces. En effet, édifiée au centre d’une sorte de Cromlech fait de monument prestigieux modernes dont le rayon serait délimité par le menhir que constitue l’obélisque de la Concorde, la Pyramide serait placée dans l’alignement du vieux méridien  zéro de Paris, lui conférant ainsi un tellurisme positif intense.
Surfant sur la vague du surnaturel, des tour-opérateurs organisent même des balades mystérieuses dans le centre de Paris à la recherche des Templiers dans le Marais et des alchimistes autour de la Tour Saint-Jacques.
    Un dernier site, plus catholique celui-là, la Chapelle miraculeuse, située au 140 de la rue du Bac, Paris IV (Métro Rue du Bac ou Sèvres-Babylone) attire également la curiosité des amateurs d’ésotérisme. En effet, de nombreux pèlerins venus du monde entier visitent ce lieu de culte. La Vierge y serait apparue en hiver 1827. Catherine Labouré, une jeune paysanne qui rejoignait les Filles de la Charité, priait dans la chapelle quand soudain, elle aperçut une femme habillée d'une robe de soie blanche aurore. Les apparitions cesseront en 1830, mais depuis 1832, on vend une médaille rappelant l'événement. Catherine Labouré fut béatifiée en 1947.

En conclusion, on peut dire que Paris a attiré depuis le Moyen Age toutes sortes d'aventuriers de l’occulte, tous séduits par la géographie de la ville et y plantant les fleurs souvent vénéneuses du surnaturel. 

 

Quelques rendez-vous ...

*Repas ufologiques
Tous les premiers mardis de chaque mois ; mezzanine du cafeteria Casino, centre commercial des Quatre Temps, la Défense. Métro : ligne 1, Esplanade de la défense.


**Visite spirite du cimetière Le Père lachaise
2 fois par an. Guide : Vincent de Langlade
Rens : 01 40 33 16 44

 

***Institut Métapsychique International
51, rue de de l’Aqueduc 75010 Paris
Tél : 01 46 07 23 85
 

Sources

- Rapport de l'Académie des Sciences et la Société Royale de Médecine, 1784.

- Dogme et rituel de haute magie, Eliphas Levi, 1854

-Le livre des esprits, Alan Kardec,1857

- Le temple de Satan, Stanislas de Guaita, 1891.  

- Le mystère des cathédrales, Fulcanelli,  Jean Schemit, 1926

- Guide du Paris mystérieux, Tchou, 1966, rééd. 2004. 

-Œuvres, Le livre des figures hiéroglyphiques, Nicolas Flamel. Ed. Pierre Belfond,  1973.

- Guide du Paris initiatique, Richard Raczynski, Dualpha, 2006

La revue Atlantis
30, rue de la Marseillaise
94300 Vincennes

La revue l’Initiation
69/89, rue Jules Michelet
92700 Colombes
www.initiation.fr

06.05.2007

Hommage à Robert Le Lagadec

medium_Prométhée.2.JPGmedium_Le_Lagadec.2.JPGSalut à toi seigneur du metal, aristocratre gothique.

"Toi l’Artiste, sois homme de guerre, plutôt qu’un soldat qui se couche pour un monde qui te détruira " Robert le Lagadec.

Photo @Nicole Chatelier