22.03.2007
François Lautissier, un primitif urbain
ENTRETIEN
avec François lautissier
Réalisé par Claude Arz,
Au 32, rue du Cotentin à Paris
le 7/6//2003
par une après-midi chaude
dans le jardin de Nicole
1 - Où es-tu né? As-tu vécu dans un milieu de peintres, d’artistes, d’écrivains ?
Je suis né dans la basse ville de Chartres, rue aux Juifs le 12 novembre 1957 dans un milieu populaire ; pas de contact avec le milieu artistique. C’était un vieux quartier où les baraques s’écroulaient. Il y avait des odeurs liées à la rivière l’Eure.
2 – Qu’est ce qui t’as le plus impressionné quand tu étais enfant, adolescent ? Aimais-tu déjà la peinture ?
J’ai passé mes cinq premières années de ma vie dans ce quartier. Le souvenir le plus marquant est la guerre d’Algérie : je me souviens en effet de gens qui écrivaient des slogans sur les murs et tout particulièrement d’une femme saoule qui déclamait des choses liées sans doute à ce que les autres écrivaient.
En 1962, la mairie nous a déménagé en périphérie dans le quartier du Puits-Drouais. Tous les noms de rues étaient liés à l’histoire celtique : rue des druides, rue des grandes couvertes, rue Vercingétorix et rue du Repos. C’était un chantier. J’ai passé mon enfance à jouer sur ce superbe terrain d’aventures. C’est là que j’ai squatté pour la première fois une maison qu’on appelait, moi et mes copains, « chez la coiffeuse ». C’était une grande bâtisse abandonnée avec des tourelles en pointe avec un jardin peuplé d’arbres fruitiers. Comme on ne partait pas en vacances , on passait là deux mois et demi d’été dans cette baraque. On organisait des batailles de pommes vertes.
C’est ainsi que j’ai découvert la maison Picassiette qui se trouvait en contrebas de la rue du Repos. On rentrait chez Picassiette à quatre pattes par le petit chemin, échappant à la vigilance de madame Picassiette toujours habillée en noir et on allait s’asseoir sur le Trône, jouer autour des bassins et dans le grotte incrustés de mosaïques.
Vu d’aujourd’hui, la découverte de cet endroit a été très marquante pour moi dans le sens où je m’aperçois qu’il y a des liens entre cet homme Picassiette qui a passé sa vie a crée son univers singulier et ma propre vie d’artistes dans els squatts.
3 - As-tu fait des études d'art particulières? Beaux-Arts, école de dessin par exemple ?
Pas du tout. La seule école d’art que j’ai eue, c’est mon frère qui m’a peut-être donné envie de faire de la peinture ou en tout cas de m’intéresser au domaine artistique. Il était doué d’un superbe coup de crayon, remplissait des carnets entiers et interdisait qu’on voit ce qu’il faisait, ce qui m’excitait tout particulièrement. En plus, j’avais un oncle fou qui faisait de la peinture, genre peintre du dimanche avec des scènes de cerfs en train de se battre, des clochers…Je me souviens à son propos qu’il faisait des contorsions quand il venait nous voir…
4 - Te souviens-tu de tes premières peintures?
La première peinture que j’ai réalisée, c’est une croûte. J’avais peint à l’huile une feuille d’arbre transpercée d’un couteau. Je devais avoir 14/15 ans. C’était ma première confrontation avec la peinture ; J’ai le souvenir d’un combat.
5 – Depuis quand vis–tu à Paris ?
Depuis 1982. je suis monté à Paris pour faire du théâtre. J’ai découvert par l’intermédiaire d’une copine des personnalités du monde de l’art, Grotowsky, Kantor. Mes années de théâtre ont duré 5 ans. Je faisais de la peinture comme ça, je faisais du sous Bacon. Il n’y a pas eu de déclic. C’est venu progressivement. Un moment, j’ai choisi la peinture.
6 - Fréquentais-tu à l'époque des peintres connus? Inconnus?
Non.
7 – Quand peins-tu ?
Je peins le matin très tôt et le soir très tard.
8- Beaucoup de tes toiles représentent des formes jumelles ? Pourquoi ?
Ce ne sont pas des formes jumelles mais des représentations doubles. Pour moi, je veux montrer la silhouette et son ombre, la silhouette et son double, la silhouette et sa face cachée. C’est plus une recherche sur les mystères de la personnalité.
9 – Aimes-tu la couleur? Le noir et blanc ? Que penses-tu de Soulages, de Keith Haring ?
J’adore toutes les couleurs, le noir et le blanc inclus. J’ai une passion pour la matière. Pour moi la couleur, c’est un langage en opposition au discours conceptuel où l’œuvre sans les mots ne veut rien dire ou très peu de chose.
10 - As-tu un message dans tes peintures? Si oui, lequel ?
Oui. C’est un message qui est lié à un questionnement par rapport à l’homme, à son rôle , à la place qu’il occupe. Le message est lié au doute, à l’actualité…
11 – As-tu un atelier ?
Non. C’est pour ça que j’ai passé 15 ans de ma vie dans des squatts.
12 - Quels sont les peintres qui t'ont impressionné, qui t'ont influencé ?
Francis Bacon, Kantor qui faisait des emballages, des scènes de théàtre.
13 - Combien de toiles as-tu réalisé à ce jour, le 7 juin 2003 ?
Je dirais 300.
14 - Comment définirais-tu ta peinture ?
Je me définis comme un primitif urbain.
15 - Qu'est ce que tu utilises comme type de peinture?
Acrylique, huile, pastel, assemblage de différentes matières…
16 - Quels supports utilises-tu ?
Tout support : le bois, le carton, le métal, le papier, la toile, le verre, le tissu…
17 – Tu fais aussi des collages. Peux-tu expliquer ce que cela diffère pour toi des toiles ?
Des collages, des assemblages. Pour moi ce qui diffère, c’est la dimension. La peinture, c’est deux dimensions ; l’assemblage, c’est une approche de la troisième dimension et peut être aussi le lien que j’ai établi avec le théâtre, une scène, un décor, des personnages, un public.
18 – Et pourquoi pas la quatrième dimension ?
Pour moi, la quatrième c’est quand je ferai entrer le mouvement dans les assemblages..
19 - Peindre est-ce pour toi un acte militant, une fantaisie, une passion?
Les trois.
20 - Quel est ton plus beau souvenir de peintre?
C’est quand j’ai commencé une toile sur Adam et Eve à la Grange aux Belles. Quand je travaillais sur cette toile, il y a eu un orage avec beaucoup d’éclairs. J’étais en train de peindre l’origine de l’homme entouré du tonnerre de dieu… Ca a déclenché chez moi une peur sur les conséquences de mon travail. Je travaillais dans une vraie transe. Je suis allé me coucher et le lendemain matin quand je me suis réveillé, je me suis penché à la fenêtre et la j’ai vu dans le caniveau une pomme. Je suis allé chercher la pomme que j’ai accrochée en suspension au boût d’un fil le long du tableau.
21 - Quel est ton plus atroce souvenir de peintre ?
Les expulsions de squatts.
22 - Je sais que tu as traversé des squatts artistiques ? Quel jugement portes-tu sur ce mouvement ?
Je ne porte aucun jugement, ce mouvement représente la révélation d’un manque, d’une nécessité, d’une envie, d’un désir, d’un partage, d’une rencontre, les squatts sont des lieux d’aventures, de découvertes, d’échanges, de vie et de libertés.
23 - Quelle est ta cote à ce jour ? Vis-tu de ton travail? L'État français t'a-t-il acheté à ce jour une de tes toiles?
J’ai une cote de maille. Je vis difficilement de mon travail. L’État français ne m’a rien acheté à ce jour.
24 – Fais-tu beaucoup d’expos ?
Oui, depuis trois ans pas mal. Par exemple, l’Espace saint Martin en mai 2003, la Galette dans l’art rue Dauphine en février 2003, les portes ouvertes de Belleville avec l’Association frichez-nous la paix, dans un salon de coiffure, chez un dentiste…A noter que je fais des expos sans vendre forcément
16:50 Publié dans Streetart, freeart | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : françois lautissier primitif urbain

