03.02.2007

Claude Arz ouvre au monde des sorcières et des esprits

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17.01.2007

L'Internaute

A lire en ligne : une interview de Claude Arz

03.12.2006

La caverne sculptée de Dénezé-sous-Doué

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Extrait de "Hauts lieux, légendes et croyances de la France mystérieuse" Claude Arz, Ed. Sélection du Reader's Digest, 2006

La caverne sculptée de Dénezé-sous-Doué illustre parfaitement la fascination que l’homme porte pour les mystères des entrailles de la terre. Peuplée de quatre cents statues taillées en ronde bosse dans le tuffeau saumurois, cette cave inspire un sentiment trouble fait à fois d’intérêt historique et de crainte. Traversant les siècles, la cave aux sculptures garde encore ses secrets.

Un chef d’œuvre d’art populaire
La caverne sculptée est une vaste chambre souterraine dont les murs sont ornés de centaines de petites statues alignées en costume de la Renaissance. Immobiles, elles veillent autour d’un puits, évoquant quelque rituel archaïque de purification.
Dans la demi-obscurité, on devine des visages de pierre tour à tour grimaçant et hilares, malicieux et pieux. Leur taille rudimentaire, brute, accentue l’aspect bestial de certaines sculptures aux visages grimaçants. Leurs yeux sont gonflés, les bouches ouvertes comme dans un cri de souffrance. Des créatures grotesques, érotiques voisinent avec des monstres griffus et difformes, des gisants à sept têtes, le tout formant une immense galerie peuplée de centaines de petits hommes aux gueules cassées avec fraises et hauts-de-chausse, jouant des scènes lubriques.

Certaines statues ont même un caractère blasphématoire comme cette Pietà montrant un Christ vivant allongé sur les cuisses nues d’une femme ou bien ce mariage initiatique représentant un homme entre la Luxure et la Vertu, deux femmes souriantes dont les mains viennent se rejoindre sur son sexe (ce que l’une commence, l’autre l’interdit). Il y a même des Indiens aux pommettes saillantes qui dansent au son de joueurs de mandolines et de bouzines. Bal gothique qui se joue dans les profondeurs de la terre, bal étrange de vieux hommes de quatre siècles, éclairés à la pâle lumière des bougies, qui évoquent des panneaux peints que les montreurs d’histoires de la Renaissance vendaient aux quatre coins de la France.

Un culte hérétique…
Quels furent les auteurs de ces statues? De simples tailleurs de pierre ou des artistes contestataires, initiés à des rites secrets ? Un groupe adamique, (secte hollandaise du XVIè siècle qui honorait Adam, le premier homme), qui aurait célébré des cultes érotico-religieux au cours d’orgies nocturnes ? Des guérisseurs qui invoquaient Dana, la déesse des Gaulois, pour guérir les malades ?
Les archives sont longtemps restées silencieuses sur l’origine de ces statues. Oubliée de tous depuis le XVIII è siècle, époque où elle fut remblayée, la cave fut juste évoquée par Célestin Port au XIX è siècle dans son Dictionnaire historique et géographique du Maine-et-Loire qui disait en substance : « Au village du Mousseau existent des caves curieuses mais que malheureusement des murs interceptent par suite du morcellement des propriétés. J'y ai vu, dans la partie qui dépend de la cure, toute une imagerie découpée en plein tuffeau, notamment une femme colossale assise, et à côté, mais d'une main différente, deux autres personnages et une croix, le tout, ce me semble, bien moderne, tout au plus du XVIIè siècle » En fait cette cave ne sera vraiment redécouverte qu’en 1956 par les archéologues Jeanne et Camille Fraysse. C’est à partir de leurs travaux qu’Annie Brethon et Daniel List, conservateurs du site pendant 20 ans, ont émis une des hypothèses les plus crédibles. Selon leurs conclusions, ces sculptures dateraient de la seconde moitié du XVIè siècle, sous le règne troublé des Valois, dominé par la très catholique et sanglante reine Catherine de Médicis. C’est un ensemble de détails vestimentaires des personnages et d’attitudes qui donnent des indications précises sur leur date d’exécution. Ainsi, le décolleté des femmes, qui laissait leurs seins nus, portés par certains personnages de la caverne, apparut à la cour de Charles IX après 1561. Le haut de chausse plissé et serré rappelle la mode masculine à la cour du temps des Valois, ainsi que le port de la fraise qui connut une grande vogue à fin des guerres d’Italie. Autant de détails qui situent l’époque des panneaux sculptés mais qui laissent dans l’ombre la véritable personnalité des sculpteurs. Comme il n’existe ni archive ni tradition orale locale qui fasse référence à cette caverne, l’origine des statues est sujette à controverse et des hypothèses contradictoires ont été élaborées.
D’autres historiens affirment que ce sont des ouvriers initiés aux rites secrets des tailleurs de pierre qui sont à l’origine des bas-reliefs. Interdits de réunion après les mesures royales de Villers-Cotterets, qui abolirent en 1539 les confréries de métiers, traqués par les troupes catholiques, ces sculpteurs de la nuit, formant une communauté libertaire et cosmopolite, se seraient réfugiés dans cette caverne saumuroise pour y tailler nuit après nuit, dans le tuffeau, une fresque satirique, dénonçant les mœurs décadentes de l’époque et vouant aux gémonies de l’enfer la cour du roi de France.

…ou des cultes telluriques ?
Mais d’autres interprétations se sont développées notamment sous l’influence des socio-historiens qui soutiennent que les statues de la caverne sont des ex-voto qu’auraient sculptés des sorciers ou des guérisseurs afin d’évoquer des puissances telluriques pour soigner des malades. Ainsi, Albert Héron, coordinateur des fouilles en 1974/1975 pensait que la caverne était un temple souterrain et que les statues montraient des infirmités, l’ensemble faisant partie d’un culte de guérison.
Prolongeant cette idée, d’autres auteurs comme Régis Blanchet, ont affirmé que la Caverne de Dénezé-sous-Doué aurait été un haut lieu rituélique où des hommes et des femmes célébraient un culte de la fertilité et du renouvellement des énergies élémentaires. En fait, la résurgence en pleine Renaissance d’un ancien culte gaulois, honorant la déesse-mère Dana. Des fouilles ont été faites dans le puits de caverne et des tessons de poteries datant du VIIè, VIIIè et IXè y ont été retrouvés. Ainsi, même en ces siècles obscurs, la caverne souterraine ne fut pas un habitat classique. Comme à Lascaux, les hommes ont dû avoir une motivation particulière pour rester dans cette grotte insalubre. Serait-ce l’eau du puits ? Curative, elle aurait été considérée comme miraculeuse au Moyen Age. La signification des statues prend donc un tout autre sens. Le puits étant le centre de la caverne, les statues au visage difforme, représentent les effigies des hommes et les femmes malades, venues se soigner. Ici, une mère portant son enfant à l’agonie pour le baigner dans les eaux salvatrices du puits, là, une procession de scrofuleux venant humecter leur bouche de l’eau guérisseuse.
Aujourd’hui, les statues de la caverne restent toujours énigmatiques et attirent les amateurs de curiosités souterraines venus du monde entier pour déchiffrer leur mystère.

12.10.2006

France mystérieuse

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Aujourd'hui, jeudi 12 octobre 2006, sortie en librairie de La France mystérieuse, auteur Claude Arz, Photos Franck Fouquet (Editions Sélection du Reader's Digest) un voyage dans le monde étrange des rites, des croyances et des légendes françaises. Une découverte aussi de hauts lieux du mystère et d'énigmes ésotériques.
Voici la préface...

On dit que les Bretons aiment le mystère, qu’ils sont familiers avec le monde de l’occulte, qu’ils aiment les anciennes légendes et les croyances dans les revenants. C’est sans doute pour cela que j’ai écrit ce livre car je suis justement breton.
La première fois que j’ai été témoin d’un phénomène surnaturel, je devais avoir 15 ans et je vivais chez mes parents dans la ville de Quimper. Je dormais dans l’appartement familial quand vers 1 heure du matin, on a entendu sonner. Mon père a ouvert, il n‘y avait personne. On s’est recouché un peu inquiet et puis cela a recommencé à sonner, une fois, deux fois, dix fois. Le tintamarre était terrifiant. Ensuite, tout s’est calmé. Le lendemain matin, notre voisin qui avait le téléphone est venu nous avertir que l’hôpital de Rennes avait appelé pour dire que mon oncle était mort dans la nuit. En Bretagne, on appelle ça des traou spont, des intersignes.
Ce fut comme une initiation car j’avais franchi brutalement « les portes d’ivoire et de corne » dont parle le poète Gérard de Nerval, ces fameuses portes « qui nous séparent du monde invisible ».
Quelques années plus tard, j’ai quitté Quimper, comme beaucoup d’autres, pour faire des études universitaires à Nantes, m’immergeant dans la culture savante mais sans jamais oublier mes racines magiques, en étant toujours attentif aux phénomènes étranges, aux coïncidences hasardeuses, attiré par cette « inquiétante étrangeté », selon la formule de Freud. J’y devinais une part refoulée du monde, comme un univers caché qui nous sourit mais qui est sans cesse moqué, rejeté. J’avais au fond de moi cette irréductible attirance celte pour les choses de l’invisible et très vite je me suis aperçu que la France n’était pas simplement ce pays cartésien, positiviste que l’on décrivait à longueur de thèses et de chroniques.
Installé à Paris, j’ai voulu en savoir plus et j’ai plongé dans l’univers, je devrais dire les univers, de l’occulte, sans préjugés, toujours avec esprit critique et humour. J’ai tout fait : nuit spirite dans un vieux château normand, invocation aux anciens dieux dans les forêts du Cher, repas ufologiques dans le restaurant d’un supermarché, rencontres gothiques, expériences télépathiques, séances de tarot, salutation au soleil au sommet de Montségur en compagnie des enfants des Cathares… J’ai même organisé chez moi des dîners occultes, invitant ainsi les personnages les plus extravagants, des ésotéristes sincères et érudits, des chercheurs obstinés de géographie sacrée, des charlatans aussi, bonimenteurs du paranormal, des sceptiques, des sectaires, d’autres enfin, des raconteurs d’histoires merveilleuses, de trésors enfouis et d’abbayes hantées.
J’aimais ces rencontres car, je le répète, je voulais savoir s’il y avait vraiment quelque chose d’autre derrière la porte, si cette fameuse quatrième dimension existait. On m’a dit souvent que j’étais bien naïf de croire à toutes ces sornettes et que tout ça n’était que fantaisies et racontars. Or, je me suis aperçu que des milliers de personnes avaient vécu des expériences paranormales sans jamais oser en parler de peur d’être ridiculisées et se passionnaient pour les énigmes en tout genre.
Je me souviens ainsi du baron Ephraïm Tagori de La Tour, poète octogénaire qui guettait toutes les nuits dans son château de Veauce le fantôme de Lucie, pour qui il avait même composé une sonate au piano ; je me souviens aussi de Pierre l’alchimiste qui, pendant dix ans, a réalisé des travaux dans son laboratoire de fortune d’Auterive, décryptant scrupuleusement les textes de Fulcanelli ; je me souviens de cette voyante de bistrot qui m’initia aux lames du tarot et de cet historien célèbre qui m’avoua un soir se passionner pour les étranges affaires de Rennes-le-Château et de Gisors ; je me souviens enfin de ce grand druide de Bretagne qui avec tendresse me parla de « notre grand-mère à tous » la déesse Ana.
Au fil de ces rencontres, j’ai compris qu’un phénomène de masse avait surgi en France, qu’une nouvelle culture populaire se développait sous nos yeux, sans complexes, sans tapage. Les sociologues diraient qu’on assiste à la résurgence d’un « sacré profane ». Je dirais qu’on assiste tout simplement à un désir de réenchantement du monde.

Claude ARZ