06.11.2008
Claude Arz sonde les mystères de France
06:23 Publié dans France mystérieuse | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : france, mystères, légendes
05.10.2008
Mystères et légendes de nos campagnes

Mercredi 8 octobre 2008 sortie de mon nouveau livre Mystères et légendes de nos campagnes, une grande enquête dans un passé légendaire englouti à jamais dans l'épaisseur du temps, un étrange voyage dans l'inconscient collectif français.
Il y a longtemps déjà, au siècle dernier, les femmes et les hommes des campagnes se réunissaient une fois par semaine autour de la cheminée. À cette époque, la nuit abritait les mille et une créatures de l’imagination paysanne et il était bon de se retrouver à plusieurs familles à l’abri du vent, de l’orage ou du brouillard. Les veillées devinrent ainsi au fil des siècles un carrefour important de la culture populaire, un lieu où on lisait les almanachs vendus par les colporteurs, où l’on discutait entre voisins des troupeaux ou de la moisson et où les jeunes gens se rencontraient.
Au cours de ces veillées, les paysans écoutaient en silence des mendiants ambulants qui colportaient des nouvelles venues des quatre coins du pays et racontaient des histoires étranges de sorcières, de lutins, de fées et de fantômes.
Aujourd'hui, on dit que la fée Électricité a chassé toutes ces croyances et ces légendes. Pourtant, les cultes des pierres, des eaux et des arbres à loques sont toujours pratiqués aujourd’hui par des milliers d’anonymes, coutumes qui condensent les croyances françaises profondément ancrées dans la mémoire collective. Aujourd’hui encore, les rebouteux et les guérisseurs continuent leurs pratiques empiriques, officiant dans les arrière-salles de restaurants ou de bistrots de campagne.
Ce livre propose de réveiller le petit peuple des créatures surnaturelles, de sortir de l’oubli Mélusine et la Vouivre, de faire danser à nouveau les korrigans et les gobelins. Il évoque aussi la présence mystérieuse des villes englouties et des forêts enchantées et fait découvrir les croyances et les traditions populaires si riches et encore si présentes dans la plupart des régions de France, de la Bretagne à l’Alsace, de la Normandie à la Provence.
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16.02.2008
La ferme des maléfices
C’est au début des années 1980 que l’affaire de Buriane éclata. Bâtie à plus de 1 100 mètres d’altitude, dans les monts du Forez, la ferme de Buriane était à l’époque complètement isolée, perdue au milieu de vastes landes de bruyère balayées par les vents puissants de l’Est. Trois générations de paysans habitaient cette sombre bâtisse adossée à la face nord de la montagne, dont toutes les pièces communiquaient avec la grange et l’étable. Le confort y était rudimentaire : sol en terre battue, meubles rares et rustiques, toilettes à l’étable, au milieu des vaches.
En 1984, la ferme était occupée par 5 personnes : un couple — Jeannine J., 40 ans, une femme énergique, solide au travail et d’un tempérament fort, et son mari, Marcel J., 50 ans, au chômage —, leur fils de 20 ans et les grands-parents dont le grand-père (père de Jeannine) qui, victime d’une chute de croix dans le cimetière du village, était grabataire, ne se déplaçant à l’intérieur de la maison qu’en chaise roulante poussée par sa vieille mais robuste épouse.
Une nuit de mars 1984, le lit de Jeannine se remplit mystérieusement d’épingles. Puis une pierre écrasa son lit, la malheureuse femme échappant de peu à la mort. Les jours suivants, les vaches et les chèvres moururent une à une d’hémorragie interne : à l’autopsie, le vétérinaire trouvera dans leur panse des centaines d’épingles. La vie devint intenable à la ferme. Tous les matins, Jeannine et son mari découvraient des cadavres de vaches.
La famille ensorcelée ne dormait plus, en proie à la hantise de la persécution. La nuit, ils entendaient des bruits de pas dans la cour, des volets claquaient alors qu’il n’y avait pas le moindre vent, des raclements de gorge terrorisaient le grand-père.
Le seul membre de la famille qui fit face à l’agression magique fut Jeannine qui, dès le début, désigna le commis J. M., un vieux garçon un peu simplet, comme le responsable de toutes ces diableries. Une information judiciaire fut ouverte dès le printemps et la gendarmerie, sous l’autorité de l’adjudant-chef M. C., arrêta le commis. Pourtant, faute de preuves, la justice le relâchera quelque temps plus tard.
C’est alors que survint, dans cette atmosphère empoisonnée, un personnage doué d’un charisme ensorceleur, J. C., le mage de Fleurac, qui prit sous son aile protectrice la famille ensorcelée. Surgi de Dordogne, le mage devint le désenvoûteur attitré de Jeannine et désigna très vite comme responsable de ses malheurs C., une voisine de la vallée, qui, selon le mage, avait « le pouvoir de faire apparaître des épingles à distance grâce à des livres de magie noire ».
Dans le même temps, le mage entreprit, moyennant finances, d’exorciser la maison ensorcelée, parcourant à grandes enjambées les chambres et l’étable, en lisant d’une voix sourde Le livre secret des grands exorcismes et bénédictions, au milieu de vapeurs d’encens et dans la pâle clarté des bougies.
Pour finaliser le contre-envoûtement, Jeannine fit un pèlerinage d’exorcisme à San Damiano, petit village italien où la Vierge Marie était apparue à Mamma Rosa. De ce voyage, Jeannine rapportera une statue qu’elle placera au-dessus de son lit en guise de protection contre les démons qui la persécutaient. Pourtant, le phénomène continua : les épingles réapparaissaient et piquaient Jeannine au milieu de la nuit, dans son lit, dans la grange, dans la cuisine. Un vrai cauchemar. La famille perdit le goût au travail et la ferme périclita.
Au même moment, l’adjudant-chef M. C., continuant son enquête, dirigea ses soupçons sur la voisine C. Il avait en effet découvert que cette dernière était une cousine de Jeannine et qu’elle aurait bien voulu marier sa fille Cécile avec le fils de Jeannine pour faire fusionner les deux fermes. Le motif devenait donc économique : créer une plus grande ferme de 30 à 40 hectares, plus rentable. Pourtant, le gendarme se heurta à une énigme : d’où venaient les épingles ? Il n’en trouva aucune du type découvert dans le lit de Jeannine ou dans la panse des vaches chez les détaillants et les quincailliers de la région.
En juillet 1985, alors que le phénomène durait depuis plus d’un an, l’affaire prit une tournure nationale : FR3 et le journal Le Monde relatèrent les étranges phénomènes. On parla du retour des sorciers et de la survivance de vieilles pratiques d’envoûtement dans la France profonde.
Attirés par la rumeur, des radiesthésistes, des parapsychologues et des exorcistes rappliquèrent de toute la France pour vendre leurs médications, onguents et autres breuvages contre le mal. Or ils connaîtront tous l’échec : le jeune exorciste F. R. avouera, après avoir passé trois heures dans la ferme, « avoir été frappé de paralysie faciale » ; le voyant T. L. recevra dans l’obscurité de la maison une paire de claques qui le blesseront sérieusement ; et enfin, le curé du village mourra subitement d’un accident de voiture en revenant de la ferme où il avait été prier avec la famille envoûtée.
Coïncidences, hasard malheureux, diront les sceptiques ; hystérie collective, analyseront les médecins rationalistes ; transes hallucinatoires, expliqueront les sociologues. Tout au long de cette période, le mage de Fleurac, lui, continuera de traquer le mal en toute sérénité.
En 1986, un journaliste du magazine Géo, M. S., qui enquêta sur l’affaire, fit une troublante découverte : une usine de jouets Gégé, désaffectée depuis dix ans, abritait encore des milliers d’épingles qui garnissaient les trousses des couturières. Or, la population locale ne s’était pas gênée pour piller les stocks d’épingles. Certains pensèrent que des membres de la famille J. s’y étaient peut-être servis pour commettre leurs actes de vengeance et de jalousie... Toujours est-il que les persécutions continuèrent pendant des années, épuisant un à un les membres de la famille J.
L'affaire de Buriane évoque deux autres affaires. D'abord, celle de Séron (Hautes-Pyrénées) où, en 1978, des incendies diaboliques s'allumaient spontanément dans les couettes et les armoires à linge de la famille ; ensuite, celle de Moirans-en-Montagne où, en 1997, des feux spontanés se sont déclarés, le plus violent causant la mort de deux personnes. Dans les deux cas, après des mois d'investigations, les coupables furent pris : à la surprise générale, c’était des familiers, voire des membres de la famille. Or, dans l'affaire de la ferme des Maléfices, le mystère est resté entier jusqu'à ce jour.
Pour conclure, on peut dire qu'on trouve dans cette affaire les caractères généraux des histoires de sorcellerie : un phénomène de hantise lié à des persécutions objectives (épingles, mort des vaches, dépression des habitants) qui se répètent de manière régulière ; des envoûtés qui se sentent réellement persécutés et qui vivent l'affaire comme un drame épouvantable ; un désenvoûteur, le mage de Fleurac, qui sait profiter du désarroi de la famille J. ; des enquêteurs perdus dans la jungle de l'irrationnel. Enfin, comment ne pas souligner la force des deux personnages qui dominèrent toute l’affaire : Jeannine, l'Auvergnate farouche qui fit face aux persécutions, qui lutta contre le mauvais sort, et le mage de Fleurac, le désenvoûteur, mi-sorcier, mi-charlatan.
19:45 Publié dans France mystérieuse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mystères, France
01.10.2007
Les Folies Siffait

« Dans le site peu connu de la Folie Siffait…j’y déchiffre comme le mythe de l’Architecture enfin livrée en pâture au Paysage » Julien Gracq (Carnets du grand chemin)
Le site des Folies Siffait est un des hauts lieux oniriques de la vallée de la Loire. À la fois ruine extravagante et jardin fantôme, ce château des Abîmes fut édifié sur les ruines d’un château fort, au début du XIXe s. par Maximilien Siffait. L’étrangeté de ces vastes structures ruiniformes dominant la Loire, composées d’escaliers qui ne mènent nulle part, de fenêtres murées et de pavillons noyés au milieu des ronces, rend difficile leur classement dans un genre architectural précis : château d’illusion, décor en trompe-l’œil, jardin suspendu ?
Une folie romantique
C’est en 1816 que Maximilien Siffait, receveur impérial des douanes, découvre les bords de Loire, au cours d’un voyage d’affaires à Nantes. Pour cet homme du Nord, né en 1780 à Abbeville, repoussé de Calais à la suite des défaites napoléoniennes, c’est le coup de foudre et la possibilité d’une nouvelle vie. Sans attendre, il acquiert les terres de la Gérardière et le promontoire de Castel Guy qui s’élève à plus de 50 mètres au-dessus de la Loire. Il fait immédiatement construire un belvédère, une sorte d’avant-scène pour contempler, avec sa femme Marie-Louise, les levers de soleil sur la Loire. Décidant d’ajouter des escaliers pour rejoindre le fleuve, il embauche des centaines de paysans et des gens de la région au chômage pour effectuer les travaux.
Sans doute inspiré par le splendide et baroque jardin d’Isola Bella que le comte Vitalien Borromée avait créé en 1632 sur son île du lac Majeur, Maximilien Siffait poursuivit pendant 14 ans les travaux, faisant surgir des broussailles et des herbes folles, des constructions insolites, un kiosque turc, un pavillon à fronton triangulaire, de larges escaliers encadrés de lourdes rampes, des fenêtres murées, le tracé s’apparentant à un étrange labyrinthe.
Un ensemble architectural insolite que l’écrivain–voyageur Adolphus Trollope, en voyage dans l’ouest de la France, décrivit ainsi en 1839 : « Le voyageur voit dans le lointain une grande masse de constructions colorées d’une forme et d’une apparence inexplicables. »
Un jardin excentrique
Aujourd’hui, les murailles des Folies Siffait sont toujours ornées de fenêtres murées et de portes qui ouvrent sur le vide. De mystérieux escaliers moussus, encadrés de lourdes rampes en fer, débouchent sur des précipices, et parmi les cèdres et les cyprès, des tourelles subsistent, défiant le temps. Cependant, les murs ont malheureusement perdu leur couleur.
Quel fut le but de Maximilien et de son fils Oswald, qui poursuivit son œuvre ? C’est sans doute la vie de Maximilien qui peut éclairer l’extravagance de ses constructions.
D’après Jean-Gabriel Bouchaud, un Nantais proche de la famille Siffait et issu d’une longue lignée d’artistes, ce jardin excentrique fut un acte d’amour, d’abord dédié à sa femme, ensuite à sa fille, leur offrant ainsi une promenade sur les bords de Loire. Pourtant, une terrible malédiction frappera la famille. D’abord, la femme de Maximilien disparaît brusquement à l’âge de 36 ans. Brisé, celui-ci continue son œuvre, marquée cette fois par une douleur infinie, ce qui explique en partie les curieuses constructions qui émergent dès lors progressivement, voies sans issue, fenêtres et portes fermées, signes de la tragédie et du non-sens de la vie.
En 1832, Maximilien, élu maire du Cellier, pense à l’avenir de sa fille Jeanne-Louise, à qui il dédie les nouvelles extravagances des Folies Siffait. Mais celle-ci mourra avant l’inauguration de cette Folie, prévue pour ses 18 ans. À la mort de Jeanne-Louise en 1836, Maximilien, âgé de 50 ans, quitta Le Cellier, et son fils Oswald hérita des Folies Siffait, poursuivant l'œuvre romantique de son père.
Passionné de végétation, Oswald apporta une touche plus végétale, des voûtes de feuillages, transformant le site en « Feuillées Siffait ». Sa femme Rosalie fit enduire les murailles et les escaliers de « crépi multicolore » en mémoire de Jeanne-Louise. Le jardin suspendu devint encore plus excentrique, envahi de pagodes chinoises et des turqueries bizarres, et même peuplé de mannequins de cire.
Le site est protégé depuis 1942 et classé Monument historique depuis 1991. Aujourd’hui, quand on visite les Folies Siffait, on découvre une étonnante fantaisie architecturale, composée de vingt-trois terrasses soutenues par des murs en pierres sèches qui peuvent atteindre douze mètres de haut, l’ensemble relié par des escaliers qui descendent vers la Loire. Le lieu a été longtemps laissé à l’abandon. Aujourd’hui, la commune du Cellier, qui en est propriétaire, aménage le site pour le confort des visiteurs. Comme le souligne Jean-Gabriel Bouchaud, « qu’aujourd’hui et demain, en ce jardin sauvage et solitaire, les seuls bruits autorisés à rompre le silence soient celui de la fleur qui tombe flétrie au sol ou celui de la branche morte qui, sous les pas, se brise. »
13:40 Publié dans France insolite | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : france, ruines insolites, romantiques
02.09.2007
La grotte du Jugement dernier

Fondée par Charlemagne en 769, l’abbaye bénédictine troglodytique de Brantôme abrite une grotte insolite dite du « Jugement dernier ». Les hauts-reliefs qui ornent cette grotte sont parmi les plus beaux ensembles sculptés dans un site troglodytique, au même titre que ceux du temple d'Abu Simbel, en Égypte, et ceux de Pétra, en Jordanie.
Des hauts-reliefs énigmatiques
Quand les premiers archéologues découvrent, au milieu du XIXe siècle, les hauts-reliefs de la grotte de Brantôme, ils appellent l’ensemble « Jugement dernier ». Or, le marquis de Fayolle, président de la Société historique du Périgord, analysant en 1890 les deux grandes sculptures qui composent cette œuvre, expliqua qu’il ne s’agit pas du Jugement dernier mais bien du Triomphe de la Mort inspiré par les danses macabres de la fin du Moyen Âge, ce que l’archéologue Gilles Delluc confirmera en 1985.
La première fresque sculptée, un haut-relief d’environ cinq mètres de haut sur cinq mètres de large, représente une fresque évoquant la mort dominée par Dieu. Cependant, un examen plus attentif du panneau permet de distinguer trois parties. La partie la plus haute est constituée d’une grande divinité à peine dégrossie, entourée d’un ange en vol et de deux personnages agenouillés. Juste en dessous, la mort armée de sa faux, flanquée de chaque côté d’un ange à genoux, sonnant de la trompette. En guise de soubassement, une tête couronnée de tibias et de fémurs. De part de d’autre, des petits figurants, sans doute des hommes et des femmes, de toutes conditions sociales : guerrier, dames, moines… Le marquis de Fayolle y voyait même un pape, un bourgeois, un empereur, une religieuse et un seigneur. Tout le monde danse avec la mort, les riches comme les pauvres, les puissants seigneurs comme les manants. Seul le Dieu tutélaire règne sans partage au-dessus des hommes, leur rappelant qu’il n’y a pas de salut en dehors de lui. Il s’agit bien ici d’une sculpture rappelant les danses macabres, destinées à édifier les populations, à montrer que la vie sur terre conduit inéluctablement à la mort et à maîtriser les désordres, les guerres et les tentations de cette fin du XVe siècle.
Sur la paroi qui fait face au Triomphe de la Mort, un thème plus courant a été sculpté : la Crucifixion. Le Christ en croix, entouré de Marie à sa droite et de Jean à sa gauche, domine la ville de Jérusalem. Marie-Madeleine étreint la Croix, un moine assis à droite et un personnage agenouillé à gauche contemplent la scène. Ce panneau assez conventionnel a sans doute été sculpté plus tardivement que le Triomphe de la Mort, au XVIIIe siècle sans doute.
Une atmosphère païenne
De quand date ce panneau sculpté ? Fin du XVe siècle, affirment les archéologues Brigitte et Gilles Delluc, mais si l’on est certain des dates de la création des hauts-reliefs, on ne sait rien de leurs auteurs, tant leur facture est étrangère aux courants religieux connus de l’époque.
Comme aucun document ne vient éclairer son origine, toutes sortes d’hypothèses ont été évoquées. Par exemple, Georges Bussière, l’historien spécialiste du site de Brantôme, rappelle que des hérésiarques partisans du « gentilisme » avaient vécu à Brantôme, y créant même un ermitage. D’autres évoquent plutôt un art populaire et contestataire dans le même esprit que les statues grotesques de Denézé-sous-Doué. Une atmosphère païenne pèse assurément sur la grotte du Triomphe de la Mort. Le dieu sculpté, assis sur un fauteuil, évoque plutôt une divinité gauloise que chrétienne, en l’occurrence le fameux dieu Lug, porteur de lumière. Une impression de force sauvage émane de la statue qui évoque une idole destinée à quelques cultes sacrificatoires.
Qui percera les mystères de l'immense panneau sculpté trouvé dans la grotte de l'abbaye troglodytique de Brantôme ?
18:25 Publié dans France mystérieuse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Voyage, France, mystères
27.06.2007
Voyage dans une France insolite
Photo:Nicole ChatelierC’est avec gourmandise que j’ai sillonné la France au début des années quatre-vingt-dix, pas une France rationnelle, industrielle, agricole, non une France méconnue, excentrique constellée d’étranges fantaisies architecturales. J’ai vagabondé ainsi suivant ma seule intuition, le nez au vent, un peu comme ces moines gyrovagues du Moyen Age, toujours avec l'espoir secret de démasquer au coin d'une petite route forestière, le chef-d'oeuvre frénétique et précieux, le château de la belle au bois dormant gardé par le Grand Cornu qui aurait grandi à l'abri de la lumière et des médias.
Je voulais découvrir la raison profonde qui poussait tous ces artistes populaires anonymes à travailler la matière comme de vrais artistes, loin du marché de l'art. Comprendre ces entreprises monomaniaques et la persévérance de ces hommes et femmes à édifier des structures grotesques, humoristiques, inquiétantes, délirantes, contre vents et marées, contre les moqueries et les jalousies des voisins, contre l'incompréhension de la famille parfois, contre l’ordre du monde. Je compris vite que c’était tous des loups solitaires, affamés de folies qui faisaient sans le savoir une oeuvre de leur vie et qui avaient organisé toute leur existence autour de leurs créations fantasmagoriques. Un vrai régal.
C’est ainsi que je suis descendu sans préjugé, sans précautions aussi, dans des caves grouillantes de bizarreries artistiques, et j'ai découvert des coffres de fêtes foraines bourrés de têtes grotesques, des statues d'anges et de diables plantés à la va-vite sur des flancs de colline, des visages griffonnés sur des murs. Le bouche à oreille fonctionna très vite dans cette investigation marginale. Un simple arrêt dans un petit café de village et le tour était joué autour d’une bonne bière. «Ah, vous cherchez le fada», me disait le patron du bistrot, c’est pas compliqué vous suivez les flèches à gauche de la mairie. Il a son chantier dans le bois, et un client me guidait sur la piste d'un ermite qui avait planté des mausolées autour de sa maison de bois. Et des fadas, il y en avait partout. J’ai découvert ainsi petit à petit le petit peuple des nouveaux primitifs qui campaient aux frontières des mégalopoles. Un étonnant phénomène de société. Pourtant quelque chose m'intriguait. Ces artistes oeuvraient souvent de manière clandestine, se confiant avec réticence. Pour mieux comprendre, je compulsais dans le même temps fiévreusement les guides dans les bibliothèques, les librairies, pour situer géographiquement ces habitants-paysagistes mais je ne trouvai presque rien. Rares étaient ceux qui y étaient répertoriés.
J'avais bien couru, quand j'étais enfant, sur les têtes de pirates que l'abbé Fourré avait sculptées sur les falaises granitiques de Rothéneuf du côté de Saint-Malo mais autre chose était de rencontrer en chair et en os ces inspirés de l'art qui faisaient hausser les épaules aux esprits sérieux. Ce fut une révélation. L'idée que l'art pouvait surgir des mains d’un ouvrier à la retraite, d’un vieux paysan, d'un guérisseur de campagne ou d'un ancien épicier, fut pour moi la révélation d'un continent mystérieux, prélogique, instinctif. Je décidai donc de remonter le temps des Bizarres. Commença alors un singulier voyage aux frontières de l'art, un voyage subjectif sur les terres d’artistes insoumis à leur époque.
Au fil des mois, je découvrai un territoire insoupçonné, une France parallèle, peuplée d'artistes obscurs, comme un réseau de nouveaux inspirés.
Premier constat. À la première génération d'art-brutistes, héroïque, souffrante, anonyme, qui avait creusé les souterrains de l'art, révélée dans les années cinquante par Jean Dubuffet et André Breton, a succédé une nouvelle famille plus insolente. Ils sont plus jeunes, audacieux, souvent décalés, ayant exercé de nombreux métiers, vécu quelquefois au coeur des grandes villes, la cervelle attisée par des rêves mythiques, se nourrissant d'archétypes planétaires, de lecture de science fiction ou de traités de sciences occultes. Inutile de préciser qu'ils ne roulent pas sur l'or. Ils cherchent leurs matériaux de base, plastique, papier, mais aussi os, bois et pierre, sur les plages, dans les forêts, les surplus industriels, les poubelles et les décharges publiques. Ils peignent, assemblent, sculptent sans complexes, avec fraîcheur. Ils glorifient souvent la nature. Ils sont mystiques, excentriques, art-brutistes, instinctifs peu importe l’appellation. Ils naviguent tous sur les traces de Chaissac, de Cheval et du glorieux Chomo. En fait un peuple d'illuminés de l'art est né sans qu'on le sache, sans doute en réaction à la tumultueuse révolution technologique et urbaine. Bravant tabous et sarcasmes, ils constellent les prairies, les bois, les zones incultes de fantaisies architecturales, de musées imaginaires, satisfaisant leurs fantasmes les plus insensés. Osant montrer au monde la part maudite qui nous habite. Comme un miroir déformé de nos anges et démons intérieurs. J'y devine même des correspondances avec les fougueuses entreprises urbaines des graffito-peintres, de Basquiat, de Keith Haring et de Combas.
Certains soirs, installé pour un ou deux jours dans un hôtel, genre Relais des Trois Marchands ou Au Rendez-Vous des Voyageurs, je feuilletais des petites revues qui, mises bout à bout, formaient un véritable réseau d'amateurs d'environnements insolites. Compulsant ces brèves biographies, je parcourais un fragment de l'histoire française de l'art brut. Il existait donc des chercheurs d'art insolite, détaillant la vie de ces génies ordinaires. Il y avait la tribu Ozenda, le groupe Gazogène, la confrérie Création Franche et les Friches de l'Art. Tous des défenseurs bénévoles des instinctifs. Je n'étais pas toujours d'accord avec les cris de guerre de certains d'entre eux contre l'art moderne, comme si les art-brutistes devait rédempter l'art, mais la foi des auteurs de ces mini-manifestes avait quelque chose de tonique, de généreux. Je pense à Joe Ryczko qui a imaginé «un lieu pour les friches de l'art ». « Un endroit » dit-il, « où je donnerais rendez-vous aux singuliers, aux excentriques, aux zonards, aux francs-tireurs... Mon choix se porterait donc plutôt sur un havre champêtre où l'on ne montrerait que l'invendable, l'irrécupérable, le déraisonnable, l'inclassable...»
Jean Dubuffet a dit très justement dans les années 50 : « L'art ne vient pas coucher dans les lits qu'on a faits pour lui. Il se sauve lorsque l'on prononce son nom, ses meilleurs moments, c'est quand on oublie comment il se nomme ». Les illuminés de l’art, archisculpteurs et autres pétrisseurs de ferraille ont pris le relais et bâti des fantaisies architecturales aux quatre coins de la France sans se soucier d’esthétisme, de bon goût ni de modes.
Parmi cette tribu d’artistes singuliers, il y a bien sûr les grandes légendes telles que le sublime facteur Cheval, le bâtisseur de Hauterives ou Picassiette, le jardinier mystique de Chartres, des géographes de l'art comme Tatin ou Charles Billy, des sculpteurs de golems comme Barret, un enlumineur de pierre comme l'abbé Fouré, le celte Le Lagadec qui a dressé des colosses en fer au milieu d’un champ d’Essonne, ou bien Jacques Warminski et sa curieuse Hélice terrestre.
Il y a aussi cette nouvelle génération d’artistes singuliers qui aujourd’hui brisent encore plus les barrières du raisonnable, tels que Thierry Ehrmann avec sa Demeure du Chaos, Florence Marie et sa Forge, le talentueux Jean Linard et sa Cathédrale de mosaïques à ciel ouvert, Danielle Jacqui qui a englouti sa maison de Roquevaire sous un flot de peintures flamboyantes, ou bien le guérisseur René Raoult qui a planté un peuple de totems dans son jardin des Côtes d’Armor.
Une confrérie d’artistes instinctifs qui s’amusent et provoquent. Ils forment tous une confrérie d’artistes hors normes qui constellent la France d'environnements fantastiques qui surprennent, choquent, exaltent les anciens rêves qui sommeillent dans les labyrinthes de nos cervelles.
16:45 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Voyages, France
25.01.2007
Maison Hantée
18:45 Publié dans France mystérieuse, Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, mystères, France


