05.05.2007

Claude Arz à New York

medium_DSC02356.JPGClaude Arz à New York

Octobre 2006

© Photo Romain Zabern

Facteur Cheval

 

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 Au musée de la Poste,

exposition avec le Facteur Cheval jusqu'au 1 septembre 2007 

34 boulevard de Vaugirard 75015 Paris 

Une exposition rare et précieuse qui rend hommage au sublime Facteur Cheval (1836-1924) qui a consacré 33 années de sa vie à bâtir un Palais Idéal à Hauterives dans la Drôme, une fantaisie architecturale singulière unique au monde dans l'exprit de la Sagrada Familia de Gaudi à Barcelone. 

Joseph Ferdinand Cheval naquit à Charmes-sur-Herbasse d'une famille d'agriculteurs. Il fut tour à tour ouvrier-boulanger, agriculteur et enfin facteur aux postes d'Hauterives pendant plus de dix ans. Il devint à force de ténacité le plus célèbre archi-sculpteur du XXe siècle. Ce facteur rural faisait des tournées à pied de trente-deux kilomètres par jour, dans un secteur accidenté, mal desservi. Il bâtissait en marchant des châteaux d'illusion. Il écrivit en 1911: «Je construisais en rêve un palais féerique». Le rêve de chacun. Le trajet est dur. Il dort en route dans des granges de ferme. Catholique, il lira le Coran. Veuf, il se remaria.
 Un jour, le 19 avril 1879, sur le chemin de Tersanne, entre bois et collines herbeuses, il heurte une pierre qui le déséquilibre. La pierre est de forme bizarre. Il la ramasse et la ramène chez lui. Il ne sait pas encore que la légende commence. A quarante ans, «ce grand équinoxe de la vie», il se sent investi d'une mission. Si la nature peut fabriquer des formes fantasques, pourquoi pas l'homme, pourquoi pas lui? C'est le déclic, la fureur intérieure. Désormais, il ne se contentera plus de rêver, il sera l'ouvrier, l'architecte de son palais imaginaire. Facteur, il sera bâtisseur. Le «grand charroi» commence. Cheval dit: «Puisque la nature veut faire la sculpture, moi je ferai la maçonnerie et l'architecture.»
Sa silhouette légendaire s'est figée sur une carte postale. Il pousse sa «brouette bien-aimée» bourrée de galets et de fragments de rochers ramassés sur les coteaux environnants. Il porte un tablier. Le regard est malicieux. Il se dirige vers son chantier hérissé de belvédères. Il travaille le jour mais aussi la nuit, à la chandelle ou à la lumière de la lune. La façade Est est soutenue par trois silhouettes historiques, trois totems: César, Vercingétorix et Archimède. Référence aux héros protecteurs, aux génies de la planète, guerriers et savants. «C'est sous la garde des trois géants que j'ai placé le monument», écrira-t-il en 1911, toujours dans son cahier. La façade Nord, un décalque des temples d'Angkor, respire l'exubérance absolue. Dans les angles, des pieuvres à tête de chèvre, des chimères ricanantes. Un peuple de monstres court sur les murs. Un tatouage: «Travail d'un seul homme.» Le triomphe de la volonté d'un paysan qui dira: «D'un songe j'ai sorti/ La reine du monde.» Un tombeau égyptien sur la façade Est. Il écrit dans ses cahiers à son propos: «C'est un tombeau que j'ai creusé moi-même. Sous terre il y a un caveau à trois mètres de profondeur avec deux cercueils en pierre et leur couvercle, une double porte en fer et en pierre, faits à la manière des Sarrasins.»
Encyclopédiste autodidacte, Ferdinand Cheval concentre dans son palais, sous forme d'ornementation baroque, mosaïques en coquillage, assemblage de pierres, la somme des connaissances de son époque qu'il a grappillées dans des encyclopédies, sur des gravures de Gustave Doré ou dans des revues comme l'Illustration. Le Palais est un enchâssement insensé de mosquée, de castel féodal, de chalet suisse, de sanctuaire hindou. En fait, un métissage culturel, un désir flamboyant de réunir dans un même ouvrage tous les rêves du monde.
Le résultat est spectaculaire, unique dans l'histoire de l'architecture: un palais d'une longueur de vingt-six mètres pour les façades Est et Ouest, et de quatorze mètres pour la façade Nord; une hauteur de huit à dix mètres; un volume de mille mètres cubes; une durée de construction de dix mille journées ou quatre-vingt treize mille heures; trente-trois ans d'épreuves.
L'épitaphe inscrite dans la galerie du labyrinthe éclaire l'entreprise arborescente du facteur Cheval: «En cherchant j'ai trouvé/ Quarante ans j'ai pioché/ Pour faire jaillir de terre ce palais de fées/ Pour mon idée mon corps a tout bravé/ Le temps, la critique, les années/ La vie est un rapide coursier/ Ma pensée vivra avec ce rocher.» Défi à sa condition de paysan, défi à la nature, à l'éphémère. «C'est de l'Art, c'est du Rêve, c'est de l'Énergie», écrira-t-il sur le fronton du Palais. Avec une simple truelle et des récipients pour mélanger le ciment, il édifiera l'environnement le plus spectaculaire de l'art populaire français.

Le Palais Idéal du facteur Cheval. 26390 Hauterives (France) Tel: (33) 04.75.68.81.19.

Claude Arz

 

22.03.2007

François Lautissier, un primitif urbain

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ENTRETIEN
avec François lautissier
Réalisé par Claude Arz,
Au 32, rue du Cotentin à Paris
le 7/6//2003
par une après-midi chaude
dans le jardin de Nicole

1 - Où es-tu né? As-tu vécu dans un milieu de peintres, d’artistes, d’écrivains ?
Je suis né dans la basse ville de Chartres, rue aux Juifs le 12 novembre 1957 dans un milieu populaire ; pas de contact avec le milieu artistique. C’était un vieux quartier où les baraques s’écroulaient. Il y avait des odeurs liées à la rivière l’Eure.

2 – Qu’est ce qui t’as le plus impressionné quand tu étais enfant, adolescent ? Aimais-tu déjà la peinture ?
J’ai passé mes cinq premières années de ma vie dans ce quartier. Le souvenir le plus marquant est la guerre d’Algérie : je me souviens en effet de gens qui écrivaient des slogans sur les murs et tout particulièrement d’une femme saoule qui déclamait des choses liées sans doute à ce que les autres écrivaient.
En 1962, la mairie nous a déménagé en périphérie dans le quartier du Puits-Drouais. Tous les noms de rues étaient liés à l’histoire celtique : rue des druides, rue des grandes couvertes, rue Vercingétorix et rue du Repos. C’était un chantier. J’ai passé mon enfance à jouer sur ce superbe terrain d’aventures. C’est là que j’ai squatté pour la première fois une maison qu’on appelait, moi et mes copains, « chez la coiffeuse ». C’était une grande bâtisse abandonnée avec des tourelles en pointe avec un jardin peuplé d’arbres fruitiers. Comme on ne partait pas en vacances , on passait là deux mois et demi d’été dans cette baraque. On organisait des batailles de pommes vertes.
C’est ainsi que j’ai découvert la maison Picassiette qui se trouvait en contrebas de la rue du Repos. On rentrait chez Picassiette à quatre pattes par le petit chemin, échappant à la vigilance de madame Picassiette toujours habillée en noir et on allait s’asseoir sur le Trône, jouer autour des bassins et dans le grotte incrustés de mosaïques.
Vu d’aujourd’hui, la découverte de cet endroit a été très marquante pour moi dans le sens où je m’aperçois qu’il y a des liens entre cet homme Picassiette qui a passé sa vie a crée son univers singulier et ma propre vie d’artistes dans els squatts.

3 - As-tu fait des études d'art particulières? Beaux-Arts, école de dessin par exemple ?
Pas du tout. La seule école d’art que j’ai eue, c’est mon frère qui m’a peut-être donné envie de faire de la peinture ou en tout cas de m’intéresser au domaine artistique. Il était doué d’un superbe coup de crayon, remplissait des carnets entiers et interdisait qu’on voit ce qu’il faisait, ce qui m’excitait tout particulièrement. En plus, j’avais un oncle fou qui faisait de la peinture, genre peintre du dimanche avec des scènes de cerfs en train de se battre, des clochers…Je me souviens à son propos qu’il faisait des contorsions quand il venait nous voir…

4 - Te souviens-tu de tes premières peintures?
La première peinture que j’ai réalisée, c’est une croûte. J’avais peint à l’huile une feuille d’arbre transpercée d’un couteau. Je devais avoir 14/15 ans. C’était ma première confrontation avec la peinture ; J’ai le souvenir d’un combat.

5 – Depuis quand vis–tu à Paris ?  
Depuis 1982. je suis monté à Paris pour faire du théâtre. J’ai découvert par l’intermédiaire d’une copine des personnalités du monde de l’art, Grotowsky, Kantor. Mes années de théâtre ont duré 5 ans. Je faisais de la peinture comme ça, je faisais du sous Bacon. Il n’y a pas eu de déclic. C’est venu progressivement. Un moment, j’ai choisi la peinture.

6 - Fréquentais-tu à l'époque des peintres connus? Inconnus?
Non.
7 – Quand peins-tu ?
Je peins le matin très tôt et le soir très tard.

8- Beaucoup de tes toiles représentent des formes jumelles ? Pourquoi ?
Ce ne sont pas des formes jumelles mais des représentations doubles. Pour moi, je veux montrer la silhouette et son ombre, la silhouette et son double, la silhouette et sa face cachée. C’est plus une recherche sur les mystères de la personnalité.

9 – Aimes-tu la couleur? Le noir et blanc ? Que penses-tu de Soulages, de Keith Haring ?
J’adore toutes les couleurs, le noir et le blanc inclus. J’ai une passion pour la matière. Pour moi la couleur, c’est un langage en opposition au discours conceptuel où l’œuvre sans les mots ne veut rien dire ou très peu de chose.


10 - As-tu un message dans tes peintures? Si oui, lequel ?
Oui. C’est un message qui est lié à un questionnement par rapport à l’homme, à son rôle , à la place qu’il occupe. Le message est lié au doute, à l’actualité…

11 – As-tu un atelier ?
Non. C’est pour ça que j’ai passé 15 ans de ma vie dans des squatts.


12 - Quels sont les peintres qui t'ont impressionné, qui t'ont influencé ?
Francis Bacon, Kantor qui faisait des emballages, des scènes de théàtre.


13 - Combien de toiles as-tu réalisé à ce jour, le 7 juin 2003 ?
Je dirais 300.


14 -  Comment définirais-tu ta peinture ?
Je me définis comme un primitif urbain.


15 - Qu'est ce que tu utilises comme type de peinture?
Acrylique, huile, pastel, assemblage de différentes matières…



16 - Quels supports utilises-tu ?
Tout support : le bois, le carton, le métal, le papier, la toile, le verre, le tissu…

17 – Tu fais aussi des collages. Peux-tu expliquer ce que cela diffère pour toi des toiles ?
Des collages, des assemblages. Pour moi ce qui diffère, c’est la dimension. La peinture, c’est deux dimensions ; l’assemblage, c’est une approche de la troisième dimension et peut être aussi  le lien que j’ai établi avec le théâtre, une scène, un décor, des personnages, un public.

18 – Et pourquoi pas la quatrième dimension ?
Pour moi, la quatrième c’est quand je ferai entrer le mouvement dans les assemblages..

19 - Peindre est-ce pour toi un acte militant, une fantaisie, une passion?
Les trois.

20 - Quel est ton plus beau souvenir de peintre?
C’est quand j’ai commencé une toile sur Adam et Eve à la Grange aux Belles. Quand je travaillais sur cette toile, il y a eu un orage avec beaucoup d’éclairs. J’étais en train de peindre l’origine de l’homme entouré du tonnerre de dieu… Ca a déclenché chez moi une peur sur les conséquences de mon travail. Je travaillais dans une vraie transe. Je suis allé me coucher et le lendemain matin quand je me suis réveillé, je me suis penché  à la fenêtre et la j’ai vu dans le caniveau une pomme. Je suis allé chercher la pomme que j’ai accrochée en suspension au boût d’un fil le long du tableau.


21 - Quel est ton plus atroce  souvenir de peintre ?
Les expulsions de squatts.


22 - Je sais que tu as traversé des squatts artistiques ? Quel jugement portes-tu sur ce mouvement ?
Je ne porte aucun jugement, ce mouvement représente la révélation d’un manque, d’une nécessité, d’une envie, d’un désir, d’un partage, d’une rencontre, les squatts sont des lieux d’aventures, de découvertes, d’échanges, de vie et de libertés.


23 - Quelle est ta cote à ce jour ? Vis-tu de ton travail? L'État français t'a-t-il acheté à ce jour une de tes toiles?
J’ai une cote de maille. Je vis difficilement de mon travail. L’État français ne m’a rien acheté à ce jour.



24 – Fais-tu beaucoup d’expos ?
Oui, depuis trois ans pas mal. Par exemple, l’Espace saint Martin en mai 2003, la Galette dans l’art rue Dauphine en février 2003, les portes ouvertes de Belleville avec l’Association frichez-nous la paix, dans un salon de coiffure, chez un dentiste…A noter que je fais des expos sans vendre forcément