06.04.2008
Le château alchimique du Plessis-Bourré

Jean Bourré (1424-1506), un noble chevalier angevin, fut non seulement le grand argentier de France, conseiller et confident du roi Louis XI mais aussi et surtout un grand bâtisseur de châteaux en Anjou, dont celui du Plessis-Bourré. Ce château de transition, à la fois bâtiment de défense et résidence confortable, entouré de douves profondes, est connu pour être un haut lieu de l’ésotérisme médiéval. Il abrite en effet d’étranges fresques qui ornent le plafond de la salle des gardes, une de ces énigmes qui a suscité et suscite toujours de nombreux commentaires de la part des spécialistes en alchimie.
Mais si le château est resté célèbre dans les mémoires, c’est certainement grâce au somptueux décor qui orne le plafond de la salle des gardes. Composé de six grands caissons de 4 m x 3 m, encadrés de moulures larges et saillantes, ce plafond représente un damier de vingt-quatre panneaux peints à la détrempe et écrits sur fond bleu et vert. Si les compositions foisonnantes d'animaux fabuleux et de satires cruelles rappellent les visions fantasmagoriques de Jérôme Bosch, il n’en reste pas moins que l’artiste est resté à ce jour totalement inconnu. Inspiré de l'imaginaire populaire et des manuscrits à peinture des XIVe et XVe siècles, cet ensemble constitue pourtant l’un des plus étranges répertoires de drôleries et d'allégories de la Renaissance française.
Les huit premiers tableaux sont à personnages, évoquant l'univers grinçant des légendes médiévales et autres satires en vers, souvent sarcastiques, toujours « d'esprit malin et hardi ». On trouve ainsi l'histoire du colporteur de ragots qui, à force de commérages et de flatteries, est dévoré un jour par des rats ; le « Dit de la Chicheface » raconte les malheurs d'une louve «maigre de corps et de face» qui, ne se nourrissant que de femmes fidèles, dut attendre deux cents ans pour se repaître ; tragique destin enfin que celui de la pie Mahault dont une jeune femme « coud le cul, pour ce qu'elle a parlé trop hault ». Autant de contes moraux qui illustrent aussi l’ambiance conspirationniste permanente qui régnait à la cour du temps de Louis XI et de son âme damnée, Olivier Le Daim.
Selon l’alchimiste Eugène Canseliet, le plafond serait un ciel alchimique qui cacherait en langage codé le secret de la fabrication de la pierre philosophale. Le seigneur angevin aurait ainsi voulu transmettre aux générations futures « un message voilé sous la décoration sculptée », faisant référence à l’antique science des Égyptiens transmise en Europe par les érudits arabes Ainsi, chaque sujet peint correspondrait à l’une des nombreuses étapes qui rythment le parcours du Grand Œuvre pour obtenir la pierre philosophale. Le Bélier par exemple correspondrait au Soufre des alchimistes, l’Ourse à l’Étoile polaire que l’alchimiste surveille au moment de ses opérations, le cerf au Mercure, chacun des métaux ayant par ailleurs des correspondances avec certaines planètes.
Aujourd’hui, les érudits hésitent à qualifier ce plafond énigmatique. Simple allégorie, jeu esthétique ou message hermétique destiné à des initiés, à des membres de confréries secrètes qui parcouraient l’Europe ? Avant tout, le reflet des goûts et des croyances de Jean Bourré, témoin d’une époque où l'art s'enchâssait à la quête spirituelle, un temps où les alchimistes comme Paracelse cherchaient, penchés sur leurs cornues et leurs creusets, le secret de l'élixir de longue vie et de la transmutation des métaux vils en or.
Jean Bourré a-t-il fait partie de cette confrérie d'adeptes ayant trouvé le secret de la mystérieuse pierre philosophale, celle dont Raymond Lulle disait : «D'une once de cette poudre de projection, blanche ou rouge, tu feras des soleils en nombre infini et tu transmueras en Lune toute espèce de métal...» ? Il y a peut-être un indice, ce petit mot énigmatique que le roi Louis XI envoya un jour à son argentier Jean Bourré : «Allez-vous-en demain à Paris, et vous et Monsieur le Président trouvez de l'argent en la Boete à l'enchanteur .» Jean Bourré, grand officier de l’ordre de Saint-Michel, aurait-il eu, comme le suggère l’ écrivain Michel Bulteau, la « maîtrise de l’or » ? Cette mystérieuse boîte à l’enchanteur ne fut-elle pas la fameuse et si convoitée pierre philosophale, capable de transformer le plomb en or et, ainsi, de combler les vertigineux besoins financiers du roi Louis XI que le Trésor royal était insuffisant à satisfaire ?
* Eugène Canseliet (1899-1982) : figure dominante de l’alchimie française au XXe siècle, Eugène Canseliet est l’auteur de deux ouvrages, Deux logis alchimiques et Alchimie, reconnus par les spécialistes comme des œuvres majeures de la recherche alchimique.
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16.02.2008
La ferme des maléfices
C’est au début des années 1980 que l’affaire de Buriane éclata. Bâtie à plus de 1 100 mètres d’altitude, dans les monts du Forez, la ferme de Buriane était à l’époque complètement isolée, perdue au milieu de vastes landes de bruyère balayées par les vents puissants de l’Est. Trois générations de paysans habitaient cette sombre bâtisse adossée à la face nord de la montagne, dont toutes les pièces communiquaient avec la grange et l’étable. Le confort y était rudimentaire : sol en terre battue, meubles rares et rustiques, toilettes à l’étable, au milieu des vaches.
En 1984, la ferme était occupée par 5 personnes : un couple — Jeannine J., 40 ans, une femme énergique, solide au travail et d’un tempérament fort, et son mari, Marcel J., 50 ans, au chômage —, leur fils de 20 ans et les grands-parents dont le grand-père (père de Jeannine) qui, victime d’une chute de croix dans le cimetière du village, était grabataire, ne se déplaçant à l’intérieur de la maison qu’en chaise roulante poussée par sa vieille mais robuste épouse.
Une nuit de mars 1984, le lit de Jeannine se remplit mystérieusement d’épingles. Puis une pierre écrasa son lit, la malheureuse femme échappant de peu à la mort. Les jours suivants, les vaches et les chèvres moururent une à une d’hémorragie interne : à l’autopsie, le vétérinaire trouvera dans leur panse des centaines d’épingles. La vie devint intenable à la ferme. Tous les matins, Jeannine et son mari découvraient des cadavres de vaches.
La famille ensorcelée ne dormait plus, en proie à la hantise de la persécution. La nuit, ils entendaient des bruits de pas dans la cour, des volets claquaient alors qu’il n’y avait pas le moindre vent, des raclements de gorge terrorisaient le grand-père.
Le seul membre de la famille qui fit face à l’agression magique fut Jeannine qui, dès le début, désigna le commis J. M., un vieux garçon un peu simplet, comme le responsable de toutes ces diableries. Une information judiciaire fut ouverte dès le printemps et la gendarmerie, sous l’autorité de l’adjudant-chef M. C., arrêta le commis. Pourtant, faute de preuves, la justice le relâchera quelque temps plus tard.
C’est alors que survint, dans cette atmosphère empoisonnée, un personnage doué d’un charisme ensorceleur, J. C., le mage de Fleurac, qui prit sous son aile protectrice la famille ensorcelée. Surgi de Dordogne, le mage devint le désenvoûteur attitré de Jeannine et désigna très vite comme responsable de ses malheurs C., une voisine de la vallée, qui, selon le mage, avait « le pouvoir de faire apparaître des épingles à distance grâce à des livres de magie noire ».
Dans le même temps, le mage entreprit, moyennant finances, d’exorciser la maison ensorcelée, parcourant à grandes enjambées les chambres et l’étable, en lisant d’une voix sourde Le livre secret des grands exorcismes et bénédictions, au milieu de vapeurs d’encens et dans la pâle clarté des bougies.
Pour finaliser le contre-envoûtement, Jeannine fit un pèlerinage d’exorcisme à San Damiano, petit village italien où la Vierge Marie était apparue à Mamma Rosa. De ce voyage, Jeannine rapportera une statue qu’elle placera au-dessus de son lit en guise de protection contre les démons qui la persécutaient. Pourtant, le phénomène continua : les épingles réapparaissaient et piquaient Jeannine au milieu de la nuit, dans son lit, dans la grange, dans la cuisine. Un vrai cauchemar. La famille perdit le goût au travail et la ferme périclita.
Au même moment, l’adjudant-chef M. C., continuant son enquête, dirigea ses soupçons sur la voisine C. Il avait en effet découvert que cette dernière était une cousine de Jeannine et qu’elle aurait bien voulu marier sa fille Cécile avec le fils de Jeannine pour faire fusionner les deux fermes. Le motif devenait donc économique : créer une plus grande ferme de 30 à 40 hectares, plus rentable. Pourtant, le gendarme se heurta à une énigme : d’où venaient les épingles ? Il n’en trouva aucune du type découvert dans le lit de Jeannine ou dans la panse des vaches chez les détaillants et les quincailliers de la région.
En juillet 1985, alors que le phénomène durait depuis plus d’un an, l’affaire prit une tournure nationale : FR3 et le journal Le Monde relatèrent les étranges phénomènes. On parla du retour des sorciers et de la survivance de vieilles pratiques d’envoûtement dans la France profonde.
Attirés par la rumeur, des radiesthésistes, des parapsychologues et des exorcistes rappliquèrent de toute la France pour vendre leurs médications, onguents et autres breuvages contre le mal. Or ils connaîtront tous l’échec : le jeune exorciste F. R. avouera, après avoir passé trois heures dans la ferme, « avoir été frappé de paralysie faciale » ; le voyant T. L. recevra dans l’obscurité de la maison une paire de claques qui le blesseront sérieusement ; et enfin, le curé du village mourra subitement d’un accident de voiture en revenant de la ferme où il avait été prier avec la famille envoûtée.
Coïncidences, hasard malheureux, diront les sceptiques ; hystérie collective, analyseront les médecins rationalistes ; transes hallucinatoires, expliqueront les sociologues. Tout au long de cette période, le mage de Fleurac, lui, continuera de traquer le mal en toute sérénité.
En 1986, un journaliste du magazine Géo, M. S., qui enquêta sur l’affaire, fit une troublante découverte : une usine de jouets Gégé, désaffectée depuis dix ans, abritait encore des milliers d’épingles qui garnissaient les trousses des couturières. Or, la population locale ne s’était pas gênée pour piller les stocks d’épingles. Certains pensèrent que des membres de la famille J. s’y étaient peut-être servis pour commettre leurs actes de vengeance et de jalousie... Toujours est-il que les persécutions continuèrent pendant des années, épuisant un à un les membres de la famille J.
L'affaire de Buriane évoque deux autres affaires. D'abord, celle de Séron (Hautes-Pyrénées) où, en 1978, des incendies diaboliques s'allumaient spontanément dans les couettes et les armoires à linge de la famille ; ensuite, celle de Moirans-en-Montagne où, en 1997, des feux spontanés se sont déclarés, le plus violent causant la mort de deux personnes. Dans les deux cas, après des mois d'investigations, les coupables furent pris : à la surprise générale, c’était des familiers, voire des membres de la famille. Or, dans l'affaire de la ferme des Maléfices, le mystère est resté entier jusqu'à ce jour.
Pour conclure, on peut dire qu'on trouve dans cette affaire les caractères généraux des histoires de sorcellerie : un phénomène de hantise lié à des persécutions objectives (épingles, mort des vaches, dépression des habitants) qui se répètent de manière régulière ; des envoûtés qui se sentent réellement persécutés et qui vivent l'affaire comme un drame épouvantable ; un désenvoûteur, le mage de Fleurac, qui sait profiter du désarroi de la famille J. ; des enquêteurs perdus dans la jungle de l'irrationnel. Enfin, comment ne pas souligner la force des deux personnages qui dominèrent toute l’affaire : Jeannine, l'Auvergnate farouche qui fit face aux persécutions, qui lutta contre le mauvais sort, et le mage de Fleurac, le désenvoûteur, mi-sorcier, mi-charlatan.
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23.12.2007
Paris mystérieux

On connaît Paris Ville Lumière, on connaît moins Paris ville ésotérique, ville des alchimistes, des mages, des spirites et des sociétés secrètes. Et pourtant, en quatre siècles, la capitale française est devenue un des hauts lieux de l’ésotérisme mondial, attirant de mystérieux adeptes de l’occultisme, depuis Franz Mesmer et plus tard les surréalistes jusqu’à la nouvelle vague ésotérique du début du XXIe siècle.
L’ésotérisme parisien obéit à une géographie précise, car chaque réseau occupe un territoire différent : le Paris alchimique s’enflamme pour Nicolas Flamel entre la Seine et le Marais ; le Paris occultiste et spirite opère entre l’avenue de Trudaine et le cimetière du Père-Lachaise ; et enfin le nouveau Paris gothique cherche la compagnie de Belzébuth entre l’île Saint-Louis et le Quartier latin.
Paris alchimique
Écrivain public et alchimiste français du XIVe siècle, Nicolas Flamel est connu pour avoir effectué des recherches sur la pierre philosophale. Ayant une charge de libraire-juré-écrivain, il avait ouvert une échoppe, La fleur de lys, près de l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie (l’actuelle Tour Saint-Jacques). Les sources de sa fortune restent mystérieuse, certains chroniqueurs l’ont soupçonné d'avoir pratiqué la spéculation immobilière et l’usure. On pense également que Nicolas Flamel, aidé par sa femme Pernelle, accueillait des malades et les soignait. On peut d'ailleurs toujours lire l'inscription sur la maison qui lui est attribuée, au 51, rue de Montmorency, qui invitait les pauvres à se présenter à eux : « Nous homes et femes laboureurs demourans ou porche de ceste maison qui fut faite en l'an de grâce mil quatre cens et sept somes tenus chascun en droit soy dire tous les jours une paternostre et un ave maria en priant Dieu que sa grâce face pardon aus povres pescheurs trespasses Amen ».
D’après la légende, Nicolas Flamel aurait acquis en 1357, pour deux florins, un ouvrage relié de cuivre, intitulé Le Livre d'Abraham le Juif, constitué de vingt-et-un feuillets contenant des textes alchimiques. Aidé de son épouse Pernelle, il passa près de vingt ans, le soir, à déchiffrer l'ouvrage, mais ses tentatives échouèrent. Mais en 1378, il rencontra à Saint-Jacques-de-Compostelle un vieux médecin juif converti, Maître Canches, qui l'accompagna lors de son retour vers Paris et lui livra en chemin diverses clefs d'interprétation. Malheureusement, Canches trépassa en route, à Orléans, sans avoir atteint Paris ni vu le manuscrit détenu par Flamel.
Flamel utilisa cependant les méthodes que lui avait enseignées le vieux médecin et, le 25 avril 1382 à 5 heures du soir, il parvint enfin, à transmuter du mercure en or ce qu’il expliqua de la façon suivante: « Je fis la projection avec de la pierre rouge sur semblable quantité de mercure (...) que je transmuay véritablement en quasi autant de pur or, meilleur certainement que l'or commun plus doux et plus ployable ».
A-t-il obtenu le secret de la pierre philosophale, permettant de changer les métaux en or ? Rien ne le prouve. Flamel mourut le 22 mars 1417 ; sa maison et sa tombe furent alors saccagées, sans que l'on trouvât la pierre philosophale.
À quelques vols de corbeau de là, la cathédrale Notre-Dame est devenue un sanctuaire alchimique pour les initiés, qui interprètent des symboles alchimiques dans ses sculptures. Par exemple, sur le portail central, le trumeau partageant l’entrée offre selon certains une allégorie de l’alchimie. Une femme, la tête dans les nuages, tient un livre fermé (ésotérisme) et un autre ouvert (exotérisme), les neuf degrés de l’échelle évoquant les neuf opérations de l’œuvre hermétique. Il s'agit là d'un des emblèmes majeurs de l'Art sacré, à propos duquel les deux écrivains alchimistes majeurs du XX è siècle Fulcanelli et son disciple, E. Canseliet, ont longuement disserté. Du parvis de la cathédrale, il est possible de faire tout un parcours hermétique en commençant par le musée de Cluny, avec ses tapisseries de la Dame à la Licorne et la pierre tombale de Nicolas Flamel, et en terminant par l'église Saint-Méry construite durant la Renaissance par une confrérie d'hermétistes et dont le porche est surmonté du diable Baphomet.

Tout commença en 1778, quand le médecin allemand Franz Anton Mesmer s’installa à Paris, où il ouvrit un étrange cabinet place Vendôme. Cet ami de Mozart et de Marie-Antoinette prétendait qu’il existait « une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés » qui se transmettrait au moyen du fluide magnétique. Ce fluide, soumis à des lois mécaniques jusqu'alors inconnues, active alors l'organisme par le canal des nerfs, s'accumule et se transmet chez l'homme en utilisant divers procédés comme les passes et les attouchements, ou à l'aide d'une baguette de fer. Par ces moyens, il est possible de guérir les maladies et tout aussi efficacement les maladies nerveuses. Au milieu de la foule, Mesmer, vêtu d'un habit de soie lilas, se promenait dans la salle capitonnée et magnétisait avec le concours d'assistants. Il choisissait toujours « jeunes et beaux » les « valets toucheurs » qui travaillaient avec lui (sous ses ordres) à la prise en charge de ses patients. Une ambiance musicale, un piano-forte ou un harmonica, créait l'atmosphère.
En 1780, la technique de Mesmer est acceptée par certains membres de la profession médicale. Il convertit Carles d'Eslon, un des régents de la Faculté de médecine, mais divise Paris en mesmériens et anti-mesmériens. Selon Bailly, rapporteur de la Commission royale chargée par le roi, en 1784, de l'examen du magnétisme animal, voici comment opérait Mesmer : « Au milieu d'une grande salle {…} se trouve une caisse circulaire en bois de chêne : le baquet. Dans l'eau {...} sont immergés de la limaille de fer, du verre pilé et d'autres menus objets. Le couvercle est percé d'un certain nombre de trous d'où sortent des branches de fer, cordées et mobiles que les malades doivent appliquer sur les points dont ils souffrent… L'influence magnétique se fait sentir. Quelques malades sont calmes et n'éprouvent rien. D'autres toussent, crachent, sentent quelques légères douleurs et ont des sueurs. D'autres sont agités par des convulsions extraordinaires »
Si les Français accueillirent Mesmer favorablement, les autorités le condamnèrent pour charlatanisme. La commission Mesmer dénia tout aspect scientifique à ses techniques en concluant : « L’imagination sans magnétisme produit des convulsions…Le magnétisme sans l’imagination ne produit rien ». Désavoué, Mesmer quitta la France en 1784. Pourtant, ce fut le mesmérisme qui ouvrit les portes de la médecine psychosomatique et de l'hypnose. Mesmer, héritier de Paracelse, ouvrait la voie à Charcot.
C’est au XIXe siècle que l’occultisme va connaître à Paris un essor considérable avec Eliphas Lévi et Stanislas de Gaïta.
Le premier, de son vrai nom Alphonse Louis Constant, fut le créateur de l’occultisme moderne. Démocrate progressiste et croyant, il s’inspira aussi bien de la gnose chrétienne et de la tradition égyptienne que de la Cabale juive pour écrire des livres sur la magie, dont le fameux Dogme et rituel de la haute magie, et s’engager contre l’autocratie des rois et de Napoléon III.
Le second, Stanislas de Gaïta était une sorte d’ermite qui s’était retranché dans son rez-de-chaussée du 20, avenue Trudaine, où il avait créé un oratoire ésotérique, et qui ne sortait que la nuit. Ayant fait renaître le mouvement rosicrucien, dont l’origine remontait au début du XVe siècle, fondateur de l’Ordre Kabbalistique de La Rose Croix, il écrivit des textes sulfureux comme Le temple de Satan et Le Serpent de la genèse.
Il y eut beaucoup d’ « initiés » dans le voisinage : Villiers de L’Isle-Adam, au 45, rue Fontaine ; le très énigmatique Fulcanelli, auteur de l'étrange texte alchmique Le Mystère des Cathédrales, au 59, rue Rochechouart ; Sédir, le fondateur des Amitiés Spirituelles, et Hippolyte-Léon-Denizard, plus connu sous le pseudonyme d’Allan Kardec, le père du spiritisme, au 8, rue des Martyrs. Ancien régisseur aux Folies Marigny, il eut sa première révélation au 18, rue de la Grange-Batelière, chez monsieur de Plainemaison, qui se fit le propagateur des doctrines venues d’Amérique consistant à faire parler des tables « tournantes, sautantes et courantes ». Auteur du célèbre Livre des Esprits, Allan Kardec est toujours l’objet d’un culte de la part de Fervents qui viennent du monde entier méditer et prendre des énergies sur sa tombe au cimetière du Père-Lachaise.
Aujourd’hui, le Paris occultiste est toujours très actif. On répertorie une centaine de groupes ésotériques, new age, vaudous, spirites, cabalistiques et autres groupuscules initiatiques qui produisent conférences, séminaires et revues destinés à un large public. Ainsi, l’association Atlantis, qui se référant au mythe de l’Atlantide et à l’hypothétique tradition religieuse des Atlantes, analyse l’évolution de la civilisation occidentale d’un point de vue spirituel et annonce l’arrivée salvatrice de l’Ère du Verseau (Aquarius). On peut citer aussi l’Ordre Martiniste, qui publie une revue ésotérique, L’Initiation ou Cahiers de Documentation Esotérique Traditionnelle, qui perpétue les enseignements gnostiques du célèbre docteur Gérard Encausse dit Papus, figure emblématique de l’ésotérisme français du début du XXème siècle. Aujourd’hui, le Cercle Philippe Encausse, traversé par les courants hermétistes tels que l’alchimie, la Kabbale, le rosicrucisme et l’illuminisme, rassemble les chercheurs intéressés par le courant traditionnel occidental issu de la gnose des premiers siècles de l’ère chrétienne.
Depuis le début du XXIe siècle, Paris suscite à nouveau l’intérêt d’amateurs de curiosités ésotériques. Dans ce bouillon de culture occulte, se distinguent quelques activités particulièrement révélatrices du nouveau climat d’engouement pour l’insolite et le paranormal. Très tendance, les repas ufologiques parisiens* traitent sous forme de conférences interactives avec le public, de sujets aussi vastes que l’origine des Ovnis, les abductions, les civilisations extraterrestres ou les Rencontre du Troisième type et autres mystères archéoastronomiques ; plus funèbres, Les visites spirites** du Père Lachaise organisées par Vincent de Langlade, grand spécialistes des tombes légendaires, attirent de nombreux curieux séduits par les histoires étranges qui courent le long des mausolées comme par exemple celle du culte nocturne sur la tombe de Jeanne Adélaïde Félicité ;plus gothique, Le Halo de Lutèce, un cercle confidentiel de dandys fait la promotion du vampirisme esthétique, s’inspirant du mouvement new-yorkais Sabretooth; enfin plus scientifique, l’Institut Métapsychique International, fondation reconnue d’utilité publique depuis 1919, se consacre à l’étude rationnelle des phénomènes paranormaux (télépathie, télékinésie, précognition, perceptions extrasensorielles) et organise des conférences et des expériences dans le but de relancer la recherche parapsychologique en France.
Enfin comment ne pas évoquer le regain considérable de notoriété que connaissent l'église Saint-Sulpice et la pyramide du Louvre depuis la parution en 2004 du roman ésotérique de Don Brown Da Vinci Code. Dan Brown affirme en effet que l’église Saint-Sulpice fut le repère d’une confrérie protégeant le Graal et que son sol est criblé de messages symboliques. Quoi qu'il en soit, il est exact que l'église recèle un élément étrange en son sein : un gnomon du XVIIIe siècle. Un gnomon est un instrument de mesure astronomique, formé d'une tige verticale projetant l'ombre du soleil ou de la lune sur un écran horizontal, permettant ainsi de mesurer leur hauteur au-dessus de l'horizon. Celui-ci est constitué d'un obélisque de marbre blanc de 10 m de hauteur, surmonté d'une sphère de laquelle descend une ligne de cuivre jusqu'au sol. Cette ligne au sol est censée représenter le méridien de Paris. On dit qu'elle n'est pas tout à fait exacte. Elle date tout de même de 1722. Pour découvrir ce gnomon et en profiter pour marcher sur les pas des héros de Da Vinci Code, il faut aller dans l'aile gauche du transept de Saint-Sulpice de préférence, lorsque le soleil est à son zénith ; ses rayons entrent alors par un orifice situé dans une fenêtre du transept nord et se déplacent dans la largeur de l'église jusqu'au sommet de l'obélisque.
Quant à la pyramide du Louvre, elle concentre depuis sa création tous les fantasmes occultistes, considérée successivement comme un haut lieu sacré, un temple sataniste et un éperon cosmique. Si tout le monde a entendu parler de Belphégor, le fantôme tueur qui rôderait dans la gaelrie des Dieux barbares, par contre peu de gens savent que la Pyramide du Louvre est considérés par un groupe d’initiés, les Frères de l’Arche, comme une sorte d’aiguille cosmo-tellurique qui attirerait de mystérieuses forces. En effet, édifiée au centre d’une sorte de Cromlech fait de monument prestigieux modernes dont le rayon serait délimité par le menhir que constitue l’obélisque de la Concorde, la Pyramide serait placée dans l’alignement du vieux méridien zéro de Paris, lui conférant ainsi un tellurisme positif intense.
Surfant sur la vague du surnaturel, des tour-opérateurs organisent même des balades mystérieuses dans le centre de Paris à la recherche des Templiers dans le Marais et des alchimistes autour de la Tour Saint-Jacques.
Un dernier site, plus catholique celui-là, la Chapelle miraculeuse, située au 140 de la rue du Bac, Paris IV (Métro Rue du Bac ou Sèvres-Babylone) attire également la curiosité des amateurs d’ésotérisme. En effet, de nombreux pèlerins venus du monde entier visitent ce lieu de culte. La Vierge y serait apparue en hiver 1827. Catherine Labouré, une jeune paysanne qui rejoignait les Filles de la Charité, priait dans la chapelle quand soudain, elle aperçut une femme habillée d'une robe de soie blanche aurore. Les apparitions cesseront en 1830, mais depuis 1832, on vend une médaille rappelant l'événement. Catherine Labouré fut béatifiée en 1947.
En conclusion, on peut dire que Paris a attiré depuis le Moyen Age toutes sortes d'aventuriers de l’occulte, tous séduits par la géographie de la ville et y plantant les fleurs souvent vénéneuses du surnaturel.
Quelques rendez-vous ...
*Repas ufologiques
Tous les premiers mardis de chaque mois ; mezzanine du cafeteria Casino, centre commercial des Quatre Temps, la Défense. Métro : ligne 1, Esplanade de la défense.
**Visite spirite du cimetière Le Père lachaise
2 fois par an. Guide : Vincent de Langlade
Rens : 01 40 33 16 44
***Institut Métapsychique International
51, rue de de l’Aqueduc 75010 Paris
Tél : 01 46 07 23 85
- Rapport de l'Académie des Sciences et la Société Royale de Médecine, 1784.
- Dogme et rituel de haute magie, Eliphas Levi, 1854
-Le livre des esprits, Alan Kardec,1857
- Le temple de Satan, Stanislas de Guaita, 1891.
- Le mystère des cathédrales, Fulcanelli, Jean Schemit, 1926
- Guide du Paris mystérieux, Tchou, 1966, rééd. 2004.
-Œuvres, Le livre des figures hiéroglyphiques, Nicolas Flamel. Ed. Pierre Belfond, 1973.
- Guide du Paris initiatique, Richard Raczynski, Dualpha, 2006
La revue Atlantis
30, rue de la Marseillaise
94300 Vincennes
La revue l’Initiation
69/89, rue Jules Michelet
92700 Colombes
www.initiation.fr
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