19.06.2007

Woman Power

 

 

medium_HPIM2654.jpg


Lolochka aime aime les couleurs vives , les oriflammes, les masques, les visages anguleux qui respirent la fureur, elle aime aussi  les lames du tarot, les rues grouillantes et les bistrots, Picabia et la mémoire des steppes de son enfance. Lolochka a longtemps vécu dans l'ombre d'art cloche, une tribu d'artiste des années 1980. Aujourd'hui, elle se réveille et montre des toiles ruissellantes de personnages. Elle croque des scènes, elle les situe. En ce sen, elle fait de la peinture situationniste. 

laurence.caiazzo@wanadoo.fr 

medium_HPIM2608.jpg

 

 

29.05.2007

La demeure du Chaos

medium_512290863_96528e8633_m.jpg

 
La Demeure du Chaos
Un  château chaotique sculpté dans l'acier, le béton, la pierre. Une oeuvre bâtie de cette étrangeté qui selon Baudelaire "est le complémént indispensable à toute beauté". Un art qui bouscule, qui déboussole les fatigués du bulbe, miroir d'une planète en pleine métamorphose, d'un monde torturé, inquiet des hommes qui souffrent; un art dont le grand maître est l'ironique Thierry Ehrmann. Mélange d'ancienne alchimie, de happening, de sombres désirs, on retrouve sur ce champ de bataille les visages des monstres de l'Histoire mais aussi des anges. Ca choque, ça surprend, ça fait plaisir, ça révulse. C'est de l'art, du free, du cochon diront les salopards, de la force chantent les initiés. Il faut déambuler dans la Demeure du Chaos pour comprendre le passage du XXIè siècle. Du noir naîtra la lumière car l'esprit de la salamndre plane sur  toute l'oeuvre. 
Saint-Roman-au-Mont-d'Or, France (69270)

Lautissier

medium_le_bonflyer.jpg

Un artiste free, un artiste hard, un artiste tout court qui file de street en street avec ses machoires peintes et ses pinceaux en forme de griffe.

05.05.2007

Facteur Cheval

 

medium_EXPO_FACTEUR_CHEVAL.3.JPG

 Au musée de la Poste,

exposition avec le Facteur Cheval jusqu'au 1 septembre 2007 

34 boulevard de Vaugirard 75015 Paris 

Une exposition rare et précieuse qui rend hommage au sublime Facteur Cheval (1836-1924) qui a consacré 33 années de sa vie à bâtir un Palais Idéal à Hauterives dans la Drôme, une fantaisie architecturale singulière unique au monde dans l'exprit de la Sagrada Familia de Gaudi à Barcelone. 

Joseph Ferdinand Cheval naquit à Charmes-sur-Herbasse d'une famille d'agriculteurs. Il fut tour à tour ouvrier-boulanger, agriculteur et enfin facteur aux postes d'Hauterives pendant plus de dix ans. Il devint à force de ténacité le plus célèbre archi-sculpteur du XXe siècle. Ce facteur rural faisait des tournées à pied de trente-deux kilomètres par jour, dans un secteur accidenté, mal desservi. Il bâtissait en marchant des châteaux d'illusion. Il écrivit en 1911: «Je construisais en rêve un palais féerique». Le rêve de chacun. Le trajet est dur. Il dort en route dans des granges de ferme. Catholique, il lira le Coran. Veuf, il se remaria.
 Un jour, le 19 avril 1879, sur le chemin de Tersanne, entre bois et collines herbeuses, il heurte une pierre qui le déséquilibre. La pierre est de forme bizarre. Il la ramasse et la ramène chez lui. Il ne sait pas encore que la légende commence. A quarante ans, «ce grand équinoxe de la vie», il se sent investi d'une mission. Si la nature peut fabriquer des formes fantasques, pourquoi pas l'homme, pourquoi pas lui? C'est le déclic, la fureur intérieure. Désormais, il ne se contentera plus de rêver, il sera l'ouvrier, l'architecte de son palais imaginaire. Facteur, il sera bâtisseur. Le «grand charroi» commence. Cheval dit: «Puisque la nature veut faire la sculpture, moi je ferai la maçonnerie et l'architecture.»
Sa silhouette légendaire s'est figée sur une carte postale. Il pousse sa «brouette bien-aimée» bourrée de galets et de fragments de rochers ramassés sur les coteaux environnants. Il porte un tablier. Le regard est malicieux. Il se dirige vers son chantier hérissé de belvédères. Il travaille le jour mais aussi la nuit, à la chandelle ou à la lumière de la lune. La façade Est est soutenue par trois silhouettes historiques, trois totems: César, Vercingétorix et Archimède. Référence aux héros protecteurs, aux génies de la planète, guerriers et savants. «C'est sous la garde des trois géants que j'ai placé le monument», écrira-t-il en 1911, toujours dans son cahier. La façade Nord, un décalque des temples d'Angkor, respire l'exubérance absolue. Dans les angles, des pieuvres à tête de chèvre, des chimères ricanantes. Un peuple de monstres court sur les murs. Un tatouage: «Travail d'un seul homme.» Le triomphe de la volonté d'un paysan qui dira: «D'un songe j'ai sorti/ La reine du monde.» Un tombeau égyptien sur la façade Est. Il écrit dans ses cahiers à son propos: «C'est un tombeau que j'ai creusé moi-même. Sous terre il y a un caveau à trois mètres de profondeur avec deux cercueils en pierre et leur couvercle, une double porte en fer et en pierre, faits à la manière des Sarrasins.»
Encyclopédiste autodidacte, Ferdinand Cheval concentre dans son palais, sous forme d'ornementation baroque, mosaïques en coquillage, assemblage de pierres, la somme des connaissances de son époque qu'il a grappillées dans des encyclopédies, sur des gravures de Gustave Doré ou dans des revues comme l'Illustration. Le Palais est un enchâssement insensé de mosquée, de castel féodal, de chalet suisse, de sanctuaire hindou. En fait, un métissage culturel, un désir flamboyant de réunir dans un même ouvrage tous les rêves du monde.
Le résultat est spectaculaire, unique dans l'histoire de l'architecture: un palais d'une longueur de vingt-six mètres pour les façades Est et Ouest, et de quatorze mètres pour la façade Nord; une hauteur de huit à dix mètres; un volume de mille mètres cubes; une durée de construction de dix mille journées ou quatre-vingt treize mille heures; trente-trois ans d'épreuves.
L'épitaphe inscrite dans la galerie du labyrinthe éclaire l'entreprise arborescente du facteur Cheval: «En cherchant j'ai trouvé/ Quarante ans j'ai pioché/ Pour faire jaillir de terre ce palais de fées/ Pour mon idée mon corps a tout bravé/ Le temps, la critique, les années/ La vie est un rapide coursier/ Ma pensée vivra avec ce rocher.» Défi à sa condition de paysan, défi à la nature, à l'éphémère. «C'est de l'Art, c'est du Rêve, c'est de l'Énergie», écrira-t-il sur le fronton du Palais. Avec une simple truelle et des récipients pour mélanger le ciment, il édifiera l'environnement le plus spectaculaire de l'art populaire français.

Le Palais Idéal du facteur Cheval. 26390 Hauterives (France) Tel: (33) 04.75.68.81.19.

Claude Arz

 

18.03.2007

Henri Schurder, le crucifié du bitume, Expo mars 2005 CAES Ris Orangis

 

medium_IMG_0176.3.jpg

Les crucifiés du bitume
   Lorsque je décidais de réaliser les crucifiés du bitume, je ne m’attendais pas à sécher de la sorte. Pas la moindre petite lueur à l’horizon, ni étincelle pour allumer mon chalumeau. La panne sèche. Le trou noir. Peut-être que l’atelier me donnera quelque piste, quelques indications, peut-être y trouverais-je l’inspiration.              Dans l’atelier, le trou noir se fit gouffre, il m’absorba, je touchais le fond. Je décidais de consulter l’oracle, qui me dit:”Va voir l’ancien, va voir le sage.” Le sage me dit:”Le silence, c’est le futur, c’est l’avenir. Le bruit, la parole, c’est le passé.  
     Toi, qui es dans le présent, cet espace entre le silence et le bruit, où es-tu, que fais-tu, qui es-tu?” Se tenant à l’écart, l’ancien faisait:”qui suis-je?”
     Il commença par bricoler un squelette, il y souda les muscles, il peignit une peau fine, douce et soyeuse, et le couvrit d’un voile. Je décidais de remonter à la source, à ma source.
    On a pris un paquet d’os, de viande, qu’on a assemblé, et on l’a baptisé moi. Qu’j’aime qu’j’aime pas, qu’ça m’plaise qu’ça m’plaise pas, j’décide de faire avec, et je fais avec. Sur ce paquet d’os et de viande, on a mis une tête, une gueule qu’on appelle ça. Belle gueule, gueule d’amour, gueule d’ange, ou sale gueule, gueule cassée, mal fichue. Gueule bancale tout tordu, qu’j’aime ou qu’j’aime pas, qu’ça m’plaise ou plaise pas, j’ai décidé de faire avec, et je fais avec.
   Dans cette tête d’os et de viande, on a mis un morceau de mou. C’est pour qu’on n’te prenne pas pour un imbécile, qu’on m’a fait. Avec ça, tu peux penser, réfléchir, méditer, rêver. Plus tard, beaucoup plus tard, quand tu seras grand, très grand, tu pourras faire les crucifiés du bitume. Qu’j’aime ou qu’j’aime pas, qu’ça m’plaise qu’ça m’plaise pas, j’décide de faire avec et je fais avec.
   On recouvrit de bleu ce chaos organisé. C’est la couleur des garçons, qu’on m’fait. Ça t’habillera les jours de grand vent, pour te protéger du froid. Qu’j’aime ou qu’j’aime pas, qu’ça m’plaise qu’ça m’plaise pas, j’décide de faire avec, et je fais avec. Le bleu de l’enfance s’assombrit peu à peu. Devins terre d’ombre. Terre de Sienne brûlée. Ocre rouge, ocre jaune. Carmin de Garance. Oxyde de fer rouge. Couleur rouille, couleur sable. La couleur s’épaissit, devint pâte. La pâte se durcit, devint matière.
  Copeaux de bronze, d’acier, d’aluminium, de cuivre, de zinc, rebuts, déchets de notre société industrielle, animaient cette terre d’ombre, cette terre de Sienne brûlée. La matière devint forme, prit forme animale. Crapauds écrasés, oiseaux desséchés, rats momifiés, chats crucifiés, chouettes décapitées. Tout de noir vêtu, arriva le poète, portant un sac poubelle à la main. Il me dit:”Tiens, voilà pour toi un cadeau.” Gisant là, au fond du sac, quelques feuillets égarés, griffonnés à la main. C’était Baudelaire. Il m’offrait, un poème, son poème :     
        Une Charogne.    
    “Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
         Ce beau matin d'été si doux :
      Au détour d'un sentier une charogne infâme
       Sur un lit semé de cailloux,
        Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
        Brûlante et suant les poisons,
     Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
        Son ventre plein d'exhalaisons.(...)”

    Léo Ferré prit ces vers, les mis en musique et les chanta.Toutes ces âmes en peine, abandonnées, oubliées, délaissées. Tous ces coeurs brisés, déchirés, lacérés à réparer.  Tous ces mal fichus, tout tordu, tout bancal, gisaient là à mes pieds, envahissant l’atelier.
   Je décidais de leurs offrir un abri, de leurs élever un hôtel, de leurs construire une cathédrale. Des caisses, des cageots, des poubelles, des tiroirs arrivèrent de partout: Pékin, Moscou, Shanghai, Venise, Rome, Milan, Madrid, Porto, Bordeaux, Bourgogne  Toutes ces âmes en peine, tous ces coeurs brisés, tous ces mal fichus trouvèrent refuge dans mes petites boîtes et s’y installèrent. Ainsi naquit le temple des crucifiés du bitume..           Schurder, 2007