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07.09.2007

L'étrange domaine de l'abbé Saunière

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Asmodée 
Photo Nicole Chatelier

Le petit village de Rennes-le-Château, perché sur une colline  dominant la région du Razès, abrite une église qui cache l’une des plus grandes énigmes ésotériques du XXe siècle. Ornée d’étranges symboles  - notamment un terrifiant diable -, elle reste à jamais liée au destin de celui qui l’a restaurée au début du XXe siècle, l’énigmatique abbé Bérenger Saunière. Aujourd’hui encore, des chercheurs de trésors prospectent toujours aux alentours du village souvent accompagnés de fervents amateurs d’occultisme et de confréries secrètes.


Un mystérieux trésor
C’est à Rennes-le-Château que le jeune abbé Bérenger Saunière prit, en juin 1885, ses fonctions de curé de village. Cette ancienne capitale du royaume des Wisigoths, perchée sur un promontoire rocheux, dominant la vallée de l’Aude et de Sals, n’était plus qu’un nid d’aigle oublié de tous et à peine peuplé de trois cents habitants. La nomination de l’abbé Saunière à Rennes-le-Château était une sanction car ce jeune professeur au séminaire de Narbonne  venait d’être rétrogradé pour indiscipline. De nature insolente, indépendant et intégriste, l’abbé Bérenger Saunière était farouchement  antirépublicain.
À son arrivée, Bérenger Saunière découvrit l'église Sainte-Marie-Madeleine dans un état de délabrement avancé. Les voûtes s’affaissaient sous le poids d’une toiture tombant en ruines et l'eau tombait sur la tête des fidèles lors des offices. Le presbytère dans lequel il aménagea ses appartements, était dans un état encore plus déplorable, envahi même par des poules.
Devant ce sinistre état des lieux, Bérenger Saunière décida donc de restaurer l’église du village. C’est au cours de ces travaux, en juillet 1887, qu’il fit deux découvertes déterminantes pour la suite de l’histoire : d’une part, de mystérieux parchemins dissimulés dans un pilier creux et d’autre part, une marmite remplie de pièces d’or sous une dalle, la dalle des chevaliers.
Saunière garda le trésor pour financer la suite de ses travaux et décida de déchiffrer les parchemins. On le vit courir la nuit dans les champs, un sac sur le dos, en compagnie de sa gouvernante, Marie Denarnaud,  revenant tous les soirs, le sac rempli de cailloux choisis avec soin. Quand on l'interrogeait sur ses sorties nocturnes, il répondait ,imperturbable, qu'il avait décidé d'orner d'une grotte en pierre le minuscule jardin qui se trouvait en face de l'église, une grotte d’ailleurs toujours en place mais pillée. Se rendit-il à Paris comme certains l’ont prétendu, s’introduisit-il dans les milieux occultes et spirites pour y rencontrer le jeune moine Émile Hofflet, spécialiste des écritures anciennes, amateur de sociétés secrètes et ami du célèbre ésotériste René Guénon ? Beaucoup en doutent.
Ce qui est sûr, c’est que l’abbé fut dès lors pris d’une frénésie architecturale et se lança dans des dépenses somptuaires, faisant paver le sol de l’église avec des dalles carrées noires et blanches, l’ensemble évoquant un échiquier. Quant au décor de l’église, il dégage toujours aujourd’hui une atmosphère trouble et inquiétante, renforcée par cette inscription sur le fronton de l’église : « Terribilis est locus iste » (« Ce lieu est terrible »), allusion au caractère tellurique puissant du site, diront certains ésotéristes. À l’entrée, Asmodée, le diable cornu et boiteux, le surintendant des enfers qui connaît le secret des trésors cachés, veille, soutenant le bénitier, surmonté des initiales « B.S ». Ce démon aux couleurs criardes, de dimensions humaines et le regard mauvais, est assis ; deux de ses doigts forment un cercle, une de ses côtes est plate, le mamelon n'est pas à sa place. La présence de ce diable dans la maison de Dieu, présence rare et insolite, suscitera de multiples commentaires : satanisme, culte aux forces païennes, exorcisme…
En 1900, l’abbé Saunière acheta des terrains et fit édifier, pour plus d’un million de francs or de l’époque, la villa Béthanie et une tour néogothique de deux étages, la tour Magdala, dans laquelle il installa une vaste bibliothèque. Il fit agrémenter le domaine avec un chemin de ronde, un parc, des bassins, un potager et un verger. À la villa défilaient des personnages célèbres : le secrétaire d'État aux Beaux-Arts Dujardin-Baumetz ; mais aussi Andrée Bruguière, femme de lettres en vogue, qui se faisait appeler marquise d'Artois, la marquise de Bozas, d'authentique noblesse, et un personnage surnommé « étranger » par les gens du pays, qui n'était autre que l'archiduc Jean de Habsbourg, cousin de l'empereur d'Autriche-Hongrie. Le village, surpris par la vie mondaine de son curé, lui pardonna tout, celui-ci étant d'une générosité sans limites.
Pendant tout ce temps, Bérenger Saunière n’échappera à aucune accusation plausible ou fantasmatique. On l’accusa ainsi pêle-mêle de trafics de messes, d’adoration du diable, de détournement d’argent et de tentative de coup d’État monarchiste, son presbytère étant devenu le repaire de tous les royalistes d’Europe. Il donna sa démission de prêtre le 1er février 1909, fut déchu de ses fonctions sacerdotales en 1911 et fut même inculpé pour trafic de messes en 1915. Jusqu'à sa mort, il vivra sans argent, vendant des médailles religieuses et des chapelets aux soldats blessés soignés à Campagne-les-Bains. Il sera même accusé d'avoir hébergé des espions allemands et mourut le 22 janvier 1917, à l'âge de 65 ans, frappé d'une hémorragie cérébrale, à la porte de la tour Magdala. Toujours aimé de ses paroissiens, son cadavre fut exposé sur le chemin de ronde, recouvert d'une tenture à pompons rouges. À sa mort, une partie de sa bibliothèque aurait été rachetée par la Ligue de la Librairie ancienne (International League of Antiquarian Booksellers), institution anglaise qui acquerera également la bibliothèque de son ami l'abbé Hoffet. Étrange destinée de cet homme, car on s'aperçoit, à l'ouverture de son testament, que ce prodigue ne possède rien : tout est au nom de sa gouvernante Marie Denarnaud, qui mourut en 1954, gardant au fond d’elle l’énigme de Rennes-le-Château.


Une légende moderne
C’est l’écrivain Gérard de Sède qui va redonner vie à l’abbé Bérenger Saunière, retombé dans l’oubli, en  publiant coup sur coup L'or de Rennes ou la vie insolite de Bérenger Saunière, en 1967, et Le trésor maudit de Rennes-le-Château, en 1968. Le succès est immédiat, et Rennes-le-Château va attire des centaines de chercheurs de trésors et d’amateurs d’énigmes ésotériques. Le livre révèle en effet que l’abbé a sans doute trouvé une partie du fabuleux trésor des Mérovingiens pour financer son domaine, ayant dépensé plus de trois cent mille euros actuels dans ses travaux. Le conseil municipal de Rennes-le-Château fut même amené à prendre des mesures draconiennes en interdisant tous types de fouilles sur le territoire de la commune de Rennes-le-Château, et la gendarmerie locale dut intervenir plusieurs fois pour stopper certains individus  qui creusaient à la dynamite  les environs de l’église.
Dès lors, les hypothèses les plus délirantes vont se répandre. L’abbé Saunière aurait-il découvert le trésor des Templiers, ou bien celui des Cathares, ou bien même celui de Blanche de Castille ?
Gérard de Sède, lui, affirma que les parchemins trouvés par l’abbé Saunière révélaient de façon incontestable que l’abbé Saunière avait trouvé une partie du trésor des Mérovingiens, s’inspirant ainsi des révélations d’un mystérieux Prieuré de Sion, vieux de 700 ans, qui l’aurait guidé dans ses recherches. Cette confrérie secrète, gardienne du secret, aurait eu pour but d’assurer la survie de la lignée mérovingienne et faire en sorte qu'elle remonte sur le trône de France. Or, on sait maintenant que Gérard de Sède a été manipulé et mystifié  par un certain Pierre Plantard, qui avait créé de toutes pièces le fameux Prieuré de Sion dans les années 1950, c’est-à-dire 60 ans après les découvertes de l’abbé Saunière. Conspirateur, Plantard eut en effet l’étrange idée, en compagnie d’un marquis érudit et fantasque, Philippe de Cherisey, de fabriquer les parchemins prétendument retrouvés par le curé, qui détaillaient la royale ascendance de Plantard et la lignée de la fondation du Prieuré de Sion, qui aurait été créé en 1099, avec la liste prestigieuse de ses grands maîtres tels que Léonard de Vinci, Debussy, Cocteau…
 Plantard et Cherisey iront même jusqu’à déposer leurs faux documents à la Bibliothèque nationale au milieu des années 1960. Ce sont les fameux « dossiers secrets » que l’écrivain Dan Brown, auteur de Da Vinci Code, évoque dans sa préface comme preuve irréfutable de l’existence du Prieuré.
Dans les années 1980, Gérard de Sède  avoua lui-même dans son livre Rennes-le-Château, Le dossier, les impostures, les fantasmes, les hypothèses comment il avait été trahi par cet aventurier. Mais l’affaire ne s’arrêta pas là car trois Anglo-Saxons, Richard Leigh, Henry Lincoln et Michael Baigent, passionnés d’ésotérisme et manipulés par Plantard, publient  en 1982 un étrange livre, L’Énigme sacrée (Holy Blood, Holy Grail), dans lequel les auteurs affirment que  les Mérovingiens sont en réalité les arrière arrière-petits-enfants de Jésus et Marie-Madeleine, établissant sans complexe des liens entre Nostradamus et Alain Poher, De Gaulle et Louis XIV, et expliquent que « le monde actuel a besoin d’un véritable chef ».
Au milieu des hypothèses les plus farfelues surnage l’idée toute simple que l’abbé Saunière aurait découvert, au cours de ses recherches, le trésor local de l’église que le curé Bigou, persécuté pendant la Révolution française, aurait caché dans des grottes sur la colline de Rennes –le-Château.
Cependant, le mystère persiste toujours aujourd’hui et les chercheurs de trésor continuent à fouiller la colline de Rennes-le-Château, quelquefois même à coups de dynamite ; quant aux amateurs de sites ésotériques, ils rôdent toujours dans les rues du village et autour de l’église, espérant découvrir le secret de ce curé de campagne qui mourut pauvre et rejeté de tous. Depuis plus de 30 ans, Rennes-le-Château est devenu le haut lieu des occultistes, des rosicruciens, des kabbalistes et même des ufologues.

 

02.09.2007

La grotte du Jugement dernier

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Fondée par Charlemagne en 769, l’abbaye bénédictine troglodytique de Brantôme abrite une grotte insolite dite  du « Jugement dernier ». Les hauts-reliefs qui ornent cette grotte sont parmi les plus beaux ensembles sculptés dans un site troglodytique, au même titre que ceux du temple d'Abu Simbel, en Égypte, et ceux de Pétra, en Jordanie.

Des hauts-reliefs énigmatiques
Quand  les premiers archéologues découvrent, au milieu du XIXe siècle, les hauts-reliefs de la grotte de Brantôme, ils appellent l’ensemble « Jugement dernier ». Or, le marquis de Fayolle, président de la Société historique du Périgord, analysant en 1890 les deux grandes sculptures qui composent cette œuvre, expliqua qu’il ne s’agit pas du Jugement dernier mais bien du Triomphe de la Mort inspiré par les danses macabres de la fin du Moyen Âge, ce que l’archéologue Gilles Delluc confirmera en 1985.
La première fresque sculptée, un haut-relief d’environ cinq mètres de haut sur cinq mètres de large, représente une fresque évoquant la mort dominée par Dieu. Cependant, un examen plus attentif du panneau permet de distinguer trois parties. La partie la plus haute est constituée d’une grande divinité à peine dégrossie, entourée d’un ange en vol et de deux personnages agenouillés. Juste en dessous, la mort armée de sa faux, flanquée de chaque côté d’un ange à genoux, sonnant de la trompette. En guise de soubassement, une tête couronnée de tibias et de fémurs. De part de d’autre, des petits figurants, sans doute des hommes et des femmes, de toutes conditions sociales : guerrier, dames, moines… Le marquis de Fayolle y voyait même un pape, un bourgeois, un empereur, une religieuse et un seigneur. Tout le monde danse avec la mort, les riches comme les pauvres, les puissants seigneurs comme les manants. Seul le Dieu tutélaire règne sans partage au-dessus des hommes, leur rappelant qu’il n’y a pas de salut en dehors de lui. Il s’agit bien ici d’une sculpture rappelant les danses macabres, destinées à édifier les populations, à montrer que la vie sur terre conduit inéluctablement à la mort et à maîtriser les désordres, les guerres et les tentations de cette fin du XVe siècle.
Sur la paroi qui fait face au Triomphe de la Mort, un thème plus courant a été sculpté : la Crucifixion. Le Christ en croix, entouré de Marie à sa droite et de Jean à sa gauche, domine la ville de Jérusalem. Marie-Madeleine étreint la Croix, un moine assis à droite et un personnage agenouillé à gauche contemplent la scène. Ce panneau assez conventionnel a sans doute été sculpté plus tardivement que le Triomphe de la Mort, au XVIIIe siècle sans doute.
Une atmosphère païenne
De quand date ce panneau sculpté ? Fin du XVe siècle, affirment les archéologues Brigitte et Gilles Delluc, mais si l’on est certain des dates de la création des hauts-reliefs, on ne sait rien de leurs auteurs, tant leur facture est étrangère aux courants religieux connus de l’époque.
Comme aucun document ne vient éclairer son origine, toutes sortes d’hypothèses ont été évoquées. Par exemple, Georges Bussière, l’historien spécialiste du site de Brantôme, rappelle que des hérésiarques partisans du « gentilisme » avaient vécu à Brantôme, y créant même un ermitage. D’autres évoquent plutôt un art populaire et contestataire dans le même esprit que les statues grotesques de Denézé-sous-Doué. Une atmosphère païenne pèse assurément sur la grotte du Triomphe de la Mort. Le dieu sculpté, assis sur un fauteuil, évoque plutôt une divinité gauloise que chrétienne, en l’occurrence le fameux dieu Lug, porteur de lumière. Une impression de force sauvage émane de la statue qui évoque une idole destinée à quelques cultes sacrificatoires.
     Qui percera les mystères de l'immense panneau sculpté trouvé dans la grotte de l'abbaye troglodytique de Brantôme ?