02.09.2007
La grotte du Jugement dernier

Fondée par Charlemagne en 769, l’abbaye bénédictine troglodytique de Brantôme abrite une grotte insolite dite du « Jugement dernier ». Les hauts-reliefs qui ornent cette grotte sont parmi les plus beaux ensembles sculptés dans un site troglodytique, au même titre que ceux du temple d'Abu Simbel, en Égypte, et ceux de Pétra, en Jordanie.
Des hauts-reliefs énigmatiques
Quand les premiers archéologues découvrent, au milieu du XIXe siècle, les hauts-reliefs de la grotte de Brantôme, ils appellent l’ensemble « Jugement dernier ». Or, le marquis de Fayolle, président de la Société historique du Périgord, analysant en 1890 les deux grandes sculptures qui composent cette œuvre, expliqua qu’il ne s’agit pas du Jugement dernier mais bien du Triomphe de la Mort inspiré par les danses macabres de la fin du Moyen Âge, ce que l’archéologue Gilles Delluc confirmera en 1985.
La première fresque sculptée, un haut-relief d’environ cinq mètres de haut sur cinq mètres de large, représente une fresque évoquant la mort dominée par Dieu. Cependant, un examen plus attentif du panneau permet de distinguer trois parties. La partie la plus haute est constituée d’une grande divinité à peine dégrossie, entourée d’un ange en vol et de deux personnages agenouillés. Juste en dessous, la mort armée de sa faux, flanquée de chaque côté d’un ange à genoux, sonnant de la trompette. En guise de soubassement, une tête couronnée de tibias et de fémurs. De part de d’autre, des petits figurants, sans doute des hommes et des femmes, de toutes conditions sociales : guerrier, dames, moines… Le marquis de Fayolle y voyait même un pape, un bourgeois, un empereur, une religieuse et un seigneur. Tout le monde danse avec la mort, les riches comme les pauvres, les puissants seigneurs comme les manants. Seul le Dieu tutélaire règne sans partage au-dessus des hommes, leur rappelant qu’il n’y a pas de salut en dehors de lui. Il s’agit bien ici d’une sculpture rappelant les danses macabres, destinées à édifier les populations, à montrer que la vie sur terre conduit inéluctablement à la mort et à maîtriser les désordres, les guerres et les tentations de cette fin du XVe siècle.
Sur la paroi qui fait face au Triomphe de la Mort, un thème plus courant a été sculpté : la Crucifixion. Le Christ en croix, entouré de Marie à sa droite et de Jean à sa gauche, domine la ville de Jérusalem. Marie-Madeleine étreint la Croix, un moine assis à droite et un personnage agenouillé à gauche contemplent la scène. Ce panneau assez conventionnel a sans doute été sculpté plus tardivement que le Triomphe de la Mort, au XVIIIe siècle sans doute.
Une atmosphère païenne
De quand date ce panneau sculpté ? Fin du XVe siècle, affirment les archéologues Brigitte et Gilles Delluc, mais si l’on est certain des dates de la création des hauts-reliefs, on ne sait rien de leurs auteurs, tant leur facture est étrangère aux courants religieux connus de l’époque.
Comme aucun document ne vient éclairer son origine, toutes sortes d’hypothèses ont été évoquées. Par exemple, Georges Bussière, l’historien spécialiste du site de Brantôme, rappelle que des hérésiarques partisans du « gentilisme » avaient vécu à Brantôme, y créant même un ermitage. D’autres évoquent plutôt un art populaire et contestataire dans le même esprit que les statues grotesques de Denézé-sous-Doué. Une atmosphère païenne pèse assurément sur la grotte du Triomphe de la Mort. Le dieu sculpté, assis sur un fauteuil, évoque plutôt une divinité gauloise que chrétienne, en l’occurrence le fameux dieu Lug, porteur de lumière. Une impression de force sauvage émane de la statue qui évoque une idole destinée à quelques cultes sacrificatoires.
Qui percera les mystères de l'immense panneau sculpté trouvé dans la grotte de l'abbaye troglodytique de Brantôme ?
18:25 Publié dans France mystérieuse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Voyage, France, mystères


Ecrire un commentaire