05.05.2007

Facteur Cheval

 

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 Au musée de la Poste,

exposition avec le Facteur Cheval jusqu'au 1 septembre 2007 

34 boulevard de Vaugirard 75015 Paris 

Une exposition rare et précieuse qui rend hommage au sublime Facteur Cheval (1836-1924) qui a consacré 33 années de sa vie à bâtir un Palais Idéal à Hauterives dans la Drôme, une fantaisie architecturale singulière unique au monde dans l'exprit de la Sagrada Familia de Gaudi à Barcelone. 

Joseph Ferdinand Cheval naquit à Charmes-sur-Herbasse d'une famille d'agriculteurs. Il fut tour à tour ouvrier-boulanger, agriculteur et enfin facteur aux postes d'Hauterives pendant plus de dix ans. Il devint à force de ténacité le plus célèbre archi-sculpteur du XXe siècle. Ce facteur rural faisait des tournées à pied de trente-deux kilomètres par jour, dans un secteur accidenté, mal desservi. Il bâtissait en marchant des châteaux d'illusion. Il écrivit en 1911: «Je construisais en rêve un palais féerique». Le rêve de chacun. Le trajet est dur. Il dort en route dans des granges de ferme. Catholique, il lira le Coran. Veuf, il se remaria.
 Un jour, le 19 avril 1879, sur le chemin de Tersanne, entre bois et collines herbeuses, il heurte une pierre qui le déséquilibre. La pierre est de forme bizarre. Il la ramasse et la ramène chez lui. Il ne sait pas encore que la légende commence. A quarante ans, «ce grand équinoxe de la vie», il se sent investi d'une mission. Si la nature peut fabriquer des formes fantasques, pourquoi pas l'homme, pourquoi pas lui? C'est le déclic, la fureur intérieure. Désormais, il ne se contentera plus de rêver, il sera l'ouvrier, l'architecte de son palais imaginaire. Facteur, il sera bâtisseur. Le «grand charroi» commence. Cheval dit: «Puisque la nature veut faire la sculpture, moi je ferai la maçonnerie et l'architecture.»
Sa silhouette légendaire s'est figée sur une carte postale. Il pousse sa «brouette bien-aimée» bourrée de galets et de fragments de rochers ramassés sur les coteaux environnants. Il porte un tablier. Le regard est malicieux. Il se dirige vers son chantier hérissé de belvédères. Il travaille le jour mais aussi la nuit, à la chandelle ou à la lumière de la lune. La façade Est est soutenue par trois silhouettes historiques, trois totems: César, Vercingétorix et Archimède. Référence aux héros protecteurs, aux génies de la planète, guerriers et savants. «C'est sous la garde des trois géants que j'ai placé le monument», écrira-t-il en 1911, toujours dans son cahier. La façade Nord, un décalque des temples d'Angkor, respire l'exubérance absolue. Dans les angles, des pieuvres à tête de chèvre, des chimères ricanantes. Un peuple de monstres court sur les murs. Un tatouage: «Travail d'un seul homme.» Le triomphe de la volonté d'un paysan qui dira: «D'un songe j'ai sorti/ La reine du monde.» Un tombeau égyptien sur la façade Est. Il écrit dans ses cahiers à son propos: «C'est un tombeau que j'ai creusé moi-même. Sous terre il y a un caveau à trois mètres de profondeur avec deux cercueils en pierre et leur couvercle, une double porte en fer et en pierre, faits à la manière des Sarrasins.»
Encyclopédiste autodidacte, Ferdinand Cheval concentre dans son palais, sous forme d'ornementation baroque, mosaïques en coquillage, assemblage de pierres, la somme des connaissances de son époque qu'il a grappillées dans des encyclopédies, sur des gravures de Gustave Doré ou dans des revues comme l'Illustration. Le Palais est un enchâssement insensé de mosquée, de castel féodal, de chalet suisse, de sanctuaire hindou. En fait, un métissage culturel, un désir flamboyant de réunir dans un même ouvrage tous les rêves du monde.
Le résultat est spectaculaire, unique dans l'histoire de l'architecture: un palais d'une longueur de vingt-six mètres pour les façades Est et Ouest, et de quatorze mètres pour la façade Nord; une hauteur de huit à dix mètres; un volume de mille mètres cubes; une durée de construction de dix mille journées ou quatre-vingt treize mille heures; trente-trois ans d'épreuves.
L'épitaphe inscrite dans la galerie du labyrinthe éclaire l'entreprise arborescente du facteur Cheval: «En cherchant j'ai trouvé/ Quarante ans j'ai pioché/ Pour faire jaillir de terre ce palais de fées/ Pour mon idée mon corps a tout bravé/ Le temps, la critique, les années/ La vie est un rapide coursier/ Ma pensée vivra avec ce rocher.» Défi à sa condition de paysan, défi à la nature, à l'éphémère. «C'est de l'Art, c'est du Rêve, c'est de l'Énergie», écrira-t-il sur le fronton du Palais. Avec une simple truelle et des récipients pour mélanger le ciment, il édifiera l'environnement le plus spectaculaire de l'art populaire français.

Le Palais Idéal du facteur Cheval. 26390 Hauterives (France) Tel: (33) 04.75.68.81.19.

Claude Arz

 

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