26.10.2006
Jean Linard, le bâtisseur de la Cathédrale du Vent
Photo © Nicole Chatelier
"La nuit je rêve à ma Cathédrale et le jour, c'est le marteau qui fait les formes", me raconta Jean Linard, un matin de printemps entre ciel et bois. "Je retrouve mon enfance, quand je faisais des cabanes. La Cathédrale, c'est ma cabane sacrée. Ça fait dix ans que je la construis."
Ce moine-sculpteur, né en juin 1931 au village de La Marche, dans le Loiret, ouvre une bouteille de sancerre, le sourire aux lèvres. À l'origine, il voulait travailler en communauté. Il s’est retrouvé avec sa femme et ses enfants.
À l'image des sculpteurs médiévaux, Jean Linard a posé sur le gazon de sa prairie sa cathédrale, drolatique, insolite, une cathédrale faite de dizaines de volumes de céramique multicolore. Sa façon à lui de rendre hommage à Dieu, de lui exprimer sa foi à travers les émaux, la terre et le verre.
Son rêve a commencé en 1961, quand il acheta à la lisière d'un petit bois du Cher une carrière de silex abandonnée depuis quatorze ans, pour y bâtir une maison aux toits pentus, ornés de pots de fleurs en forme de gargouilles et de monstres hilares. Une aventure architecturale qui se prolongera par la construction d'une cathédrale ne ressemblant à aucune autre. Ici, le toit, c'est le ciel ; les voûtes, les bras des arbres ; le chœur, un pré peuplé d'une vingtaine de volumes triangulaires en béton de trois à quatre mètres de haut, incrustés de céramique multicolore. Ils s'élèvent vers le ciel en hommage solennel aux vignerons de la région, le cœur percé de somptueuses rosaces faites de bouteilles et de débris de miroirs.
« Ma Cathédrale a le ciel pour toit, commente Jean, elle dort à la belle étoile. J'ai même une vigne à l'intérieur. Je passe de temps en temps la tondeuse entre les mobiles et les sièges et j'ai des apparitions de ceps et de châtaignes. Voilà pour la topographie. Le reste, on l'organise comme on veut. L'essentiel, c'est que ça pète de couleurs.»
Au bout d'un chemin pavé, une arche de brique et de pierre noire du Berry, dont les flancs éclaboussés de couleurs vives glissent sous la fraîcheur parfumée des hêtres et des chênes. C'est la nef, avec ses arcades émaillées de vert, de rouge et de bleu, qui accueille la pluie, le vent et le soleil. Au premier abord, l'œil est attiré par les formes triangulaires et les pépites de couleur qui éclatent dans le flou des feuillages. Pas de statues ni de colonnes, mais, sur l'herbe, de grands mobiles et des candélabres de verre, destinés à capturer les images qui passent. Suspendus à des branches d'arbres, des planètes-miroirs en inox rouge et noir tournoient lentement en cliquetant. La nef bourdonne de coups de cimbales furtifs. Une manière cubiste d'occuper l'espace, de peupler la nature de volumes multiformes.
L'accès à ce sanctuaire laïc se fait par un étroit porche en céramique, dont le tympan ruisselant de sculptures peintes est tatoué d'un «Jésus» en lettres multicolores. Chaque élément de la cathédrale est l'expression d'un symbole. Les volumes, ornés d'un cortège de disques solaires, évoquent les piliers pourvus d'étranges chapiteaux des églises romanes, avec volutes et feuilles d'acanthe ; les socles pyramidaux, historiés de figures allégoriques, la Trinité évangélique ; l'herbe et ses vagues de fleurs, l'Océan.
Sur les murs, un chemin de croix en céramique court sous une treille. Dans le chœur où pépient les oiseaux poussent, au milieu des fleurs, des sièges en grès surmontés de têtes d'anges jouflus, dorés à l'or fin. Cernés de feuillage vert et rouge, ils tressent à l'ombre des piliers leurs désirs secrets de faunes rustiques... Dans leur cour fantastique, ils sont accompagnés des quatre évangélistes et de Paul, un ami de l'artiste, tous les cinq apparus un beau matin dans la nef sous la forme singulière de miroirs mobiles. La nuit, la lumière des étoiles et des feux d'avion vient mourir dans les yeux des anges devenus elfes et nains moqueurs.
Adossé à la maison de l'artiste, un baptistère croule sous un torrent de mosaïques dont les couleurs se reflètent dans une flaque de ciel jetée à ses pieds. Sans doute le chef-d'œuvre de ce céramiste inspiré qui a su hérisser son domaine de motifs évangéliques, exaltant sa foi personnelle en Dieu et les prophètes.
Il a fallu beaucoup de courage et d'imagination à Jean Linard pour mener à bien cette œuvre nourrie par une authentique recherche spirituelle. Ses anges rient, psalmodient la parole du Christ : «Je suis la couleur du monde, je suis la lumière du monde».
Comme les artistes médiévaux, Jean Linard a une formation polyvalente : graveur, potier, céramiste, sculpteur. Son art s'en ressent : les lignes sont pures, les couleurs franches, l'inspiration géométrique. Une fièvre spirituelle le dévore, et c'est sans doute pour ça que la Cathédrale de Jean Linard est l'une des œuvres d'art populaire les plus achevées de France en cette fin de XXe siècle. L’artiste, devant une bouteille de sancerre frais, conclut : « Contrairement à la retraite, l'éternité est gratuite. La retraite ne m'inspire pas, l'éternité par contre est ma passion. Alors j'exprime ma foi en Dieu à travers la céramique, le ciment, la terre, le verre, la peinture... La terre du Sancerrois est riche, malléable ». Et comme pour bâtir une cathédrale, il faut cent ans, il reste encore à Jean Linard quatre-vingt dix ans de travail. Il faut de l'innocence et de l'éternité, et l'éternité, celui qui se prétend l'artiste du grand Créateur en a plein ses flacons...
De temps en temps, il fait des petites cérémonies et des grandes fêtes. Et si on lui demande si il a une formation d’architecte, il répond : « La belle question! J'ai passé quatre ans au collège technique Estienne, section gravure. J'ai travaillé ensuite comme graveur. Je me suis fait potier et, depuis 1984, bâtisseur de cathédrale. Il me suffit d'une bonne bétonnière et d'un four qui monte à 1 200 degrés pour cuire la terre et faire mes émaux ».
18:45 Publié dans France insolite | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : France insolite, art insolite


Commentaires
rrrr !!
bite au cul cria la baronne en voyant les couilles du baron
Ecrit par : zaza | 09.03.2009
Ecrire un commentaire