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10/08/2014

Le règne des Illuminati

Illuminati

 

Le règne des Illuminati

Éric Giacometti et Jacques Ravenne

Fleuve noir, 2014.

 

    D’après Honoré de Balzac, il y a deux histoires : l'histoire officielle, menteuse, puis l'histoire secrète, où sont les véritables causes des événements. ». Le roman Le règne des Illuminati est une excellente illustration de l’opinion de l’auteur de La Comédie humaine.

    Le règne des Illuminati est un thriller ésotérique. Le style est clair, rapide, l’histoire palpitante. Les auteurs, Giacometti et Ravenne, renouent brillamment avec le roman populaire français du XIXe siècle, dont le sillon a été creusé par Paul Féval et Alexandre Dumas. Le héros du roman est le fameux lieutenant Antoine Marcas, un policier franc-maçon qui va affronter la mystérieuse société secrète des Illuminati (Ceux qui sont éclairés), la mère de toutes les sociétés secrètes planétaires.

    C’est ainsi qu’au fil des pages du roman, on apprend que les Illuminati vénèrent la chouette, qu’ils apportent la lumière à tous ceux qui leur font allégeance et que leur œil immense planté au milieu d’un triangle voit tout et contrôle la course folle des hommes et des femmes de par le monde depuis plus de deux siècles.

    Le récit alterne entre la période révolutionnaire, juillet 1794 en compagnie de Saint-Just et de Robespierre, et notre époque. De Paris à San Francisco, Marcas découvre les fils de la toile d’une immense araignée dont la tête brille au sommet des industries de la Silicon Valley. Le sang coule, des têtes éclatent comme des fruits mûrs, des femmes meurent les yeux arrachés comme un message crypté, des francs-maçons sont poursuivis par des cavaliers obscurs, d’autres femmes, bien vivantes celles-là, ardentes, somptueuses et exaltées, damnent des hommes haletants de désir, les fouettant jusqu’à la mort. Les héros parcourent de longs couloirs capitonnés de velours, arpentent d’étranges expositions d’art contemporain high-tech comme celle du « Eye tracking » au musée du Palais de Tokyo et fuient par des portes dérobées poursuivis par les assassins assoiffés de sang de la Secte toujours à l’œuvre.

    On croise d’étranges personnages tels que l’abbé Barruel à l’allure crépusculaire, des milliardaire exaltés qui meurent dans des bibliothèques démoniaques, l’ombre du président Kennedy.

    La ténébreuse conspiration menace de tout emporter. Le nouvel ordre mondial s’installe inexorablement, avec pour but ultime la création d’un seul État mondial unifié, contrôlé par un groupe d’élite. Et partout, à chaque page, la présence, l’odeur du bouc, le corps velu et le regard lubrique. Oui, le diable sous toutes ses formes guide le lecteur vers un final illuminé par l’œil qui nous surveille pour toujours...

Hello darkness my old friend

 

Claude Arz

 

20/07/2014

Enquêtes scientifiques au coeur de l'étrange

Chroniques littérairesEnquêtes scientifiques au cœur de l’étrange, Yves Lignon, Ed : Le Papillon Rouge Éditeur, 2011

 

 

 Pour tous les amateurs d’histoires de voyantes, de détectives psychiques, de poltergeists, de maisons hantées et de prophéties insolites, je conseille la lecture d’Enquêtes scientifiques au cœur de l’étrange, un livre écrit par Yves Lignon, l’un des fondateurs les plus documentés de la parapsychologie contemporaine française.

 

    La lecture est tonique car Yves Lignon sait raconter avec clarté, humour aussi, les différentes facettes du paranormal, voyage toujours accompagné de cette question lancinante : l’homme n’est-il qu’une machine biologique, un simple composé d’atomes, ou bien possède-t-il une conscience immatérielle et autonome capable d’agir à distance sur les hommes ou les objets sans les toucher ?

 

    Le premier chapitre envisagé par Yves Lignon traite d’histoires de voyants où l’on croise une galerie de portraits de personnages étonnants dont le détective psychique Gérard Croiset qui collabora souvent avec succès avec la police dans le cadre de recherches de personnes disparues.

 

    Yves Lignon ne se contente pas de relater des histoires connues, mais il rend compte aussi d’enquêtes qu’il a lui-même entreprises dans le cadre du laboratoire de Parapsychologie de Toulouse (www.geepp.free.fr).

 

    Ainsi, le second chapitre regorge de cas de maisons hantées tels que celui d’Arc-Wattripont en Belgique, examiné par un collaborateur, Giovanni Cosentino, ou celui du Gong de l’enfer, de Vailhauquès, où une famille fut réveillée régulièrement la nuit, à l’automne 1987, par des coups sourds surgissant des murs de leur maison.

 

     Les troisième et quatrième parties traitent des liens entre paranormal et religion, une façon d’explorer les apparitions de Pontmain et de Fatima avec sa fameuse danse du soleil.

 

     Enfin, la dernière partie revient sur la mémoire de l’eau, théorie avancée par Jacques Benveniste et particulièrement rejetée par la communauté scientifique. Il évoque aussi le remote viewing (vision à distance) et les liens entre les laboratoires de recherches parapsychologiques et les services secrets, avec quelques révélations. Tout au long de ses enquêtes, Yves Lignon a gardé la tête froide : il ne s’agit pas pour lui de croire aux phénomènes paranormaux mais de les observer, de les analyser, de démonter leurs subtils mécanismes et de les élucider.

 

 

 

13/06/2013

La caverne sculptée de Dénezé sous Doué

La caverne sculptée de Dénezé sous Doué

La caverne sculptée de Dénezé-sous-Doué

 

 

La caverne sculptée de Dénezé-sous-Doué illustre parfaitement la fascination que l’homme porte pour les mystères des entrailles de la terre. Peuplée de quatre cents statues taillées en ronde bosse dans le tuffeau saumurois, cette cave inspire un sentiment trouble fait à fois d’intérêt historique et de crainte. Traversant les siècles, la cave aux sculptures garde encore ses secrets.

 

Un chef d’œuvre d’art populaire

La caverne sculptée est une vaste chambre souterraine dont les murs sont ornés de centaines de petites statues alignées en costume de la Renaissance. Immobiles, elles veillent autour d’un puits, évoquant quelque rituel archaïque de purification.

Dans la demi-obscurité, on devine des visages de pierre tour à tour grimaçant et hilares, malicieux et pieux. Leur taille rudimentaire, brute, accentue l’aspect bestial de certaines sculptures aux visages grimaçants. Leurs yeux sont gonflés, les bouches ouvertes comme dans un cri de souffrance. Des créatures grotesques, érotiques voisinent avec des monstres griffus et difformes, des gisants à sept têtes, le tout formant une immense galerie peuplée de centaines de petits hommes aux gueules cassées avec fraises et hauts-de-chausse, jouant des scènes lubriques. Certaines statues ont même un caractère blasphématoire comme cette Pietà montrant un Christ vivant allongé sur les cuisses nues d’une femme ou bien ce mariage initiatique représentant un homme entre la Luxure et la Vertu, deux femmes souriantes dont les mains viennent se rejoindre sur son sexe (ce que l’une commence, l’autre l’interdit). Il y a même des Indiens aux pommettes saillantes qui dansent au son de joueurs de mandolines et de bouzines. Bal gothique qui se joue dans les profondeurs de la terre, bal étrange de vieux hommes de quatre siècles, éclairés à la pâle lumière des bougies, qui évoquent des panneaux peints que les montreurs d’histoire de la Renaissance vendaient aux quatre coins de la France.

 

Un culte hérétique…

Quels furent les auteurs de ces statues? De simples tailleurs de pierre ou des artistes contestataires, initiés à des rites secrets ? Un groupe adamique, (secte hollandaise du XVIè siècle qui honorait Adam, le premier homme), qui aurait célébré des cultes érotico-religieux au cours d’orgies nocturnes ? Des guérisseurs qui invoquaient Dana, la déesse des Gaulois, pour guérir les malades ?

Les archives sont longtemps restées silencieuses sur l’origine de ces statues. Oubliée de tous depuis le XVIII è siècle, époque où elle fut remblayée, la cave fut juste évoquée par Célestin Port au XIX è siècle dans son Dictionnaire historique et géographique du Maine-et-Loire qui disait en substance : « Au village du Mousseau existent des caves curieuses mais que malheureusement des murs interceptent par suite du morcellement des propriétés. J'y ai vu, dans la partie qui dépend de la cure, toute une imagerie découpée en plein tuffeau, notamment une femme colossale assise, et à côté, mais d'une main différente, deux autres personnages et une croix, le tout, ce me semble, bien moderne, tout au plus du XVIIè siècle » En fait cette cave ne sera vraiment redécouverte qu’en 1956 par les archéologues Jeanne et Camille Fraysse. C’est à partir de leurs travaux qu’Annie Brethon et Daniel List, conservateurs du site pendant 20 ans, ont émis une des hypothèses les plus crédibles. Selon leurs conclusions, ces sculptures dateraient de la seconde moitié du XVIè siècle, sous le règne troublé des Valois, dominé par  la très catholique et sanglante reine Catherine de Médicis. C’est un ensemble de détails vestimentaires des personnages et d’attitudes qui donnent des indications précises sur leur date d’exécution. Ainsi, le décolleté des femmes, qui laissait leurs seins nus, portés par certains personnages de la caverne, apparut à la cour de Charles IX après 1561. Le haut de chausse plissé et serré rappelle la mode masculine à la cour du temps des Valois, ainsi que le port de la fraise qui connut une grande vogue à fin des guerres d’Italie. Autant de détails qui situent l’époque des panneaux sculptés mais qui laissent dans l’ombre la véritable personnalité des sculpteurs. Comme il n’existe ni archive ni tradition orale locale qui fasse référence à cette caverne, l’origine des statues est sujette à controverse et des hypothèses contradictoires ont été élaborées.

D’autres historiens affirment que ce sont des ouvriers initiés aux rites secrets des tailleurs de pierre qui sont à l’origine des bas-reliefs. Interdits de réunion après les mesures royales de Villers-Cotterets, qui abolirent en 1539 les confréries de métiers, traqués par les troupes catholiques, ces sculpteurs de la nuit, formant une communauté libertaire et cosmopolite, se seraient réfugiés dans cette caverne saumuroise pour y tailler nuit après nuit, dans le tuffeau, une fresque satirique, dénonçant les mœurs décadentes de l’époque et vouant aux gémonies de l’enfer la cour du roi de France.

 

…ou des cultes telluriques ?

Mais d’autres interprétations se sont développées notamment sous l’influence des socio-historiens qui soutiennent que les statues de la caverne sont des ex-voto qu’auraient sculptés des sorciers ou des guérisseurs afin d’évoquer des puissances telluriques pour soigner des malades. Ainsi, Albert Héron, coordinateur des fouilles en 1974/1975 pensait que la caverne était un temple souterrain et que les statues montraient des infirmités, l’ensemble faisant partie d’un culte de guérison.

La première fois que j’ai rencontré Régis Blanchet, c’est au printemps 1989. J’écrivais à l’époque le Guide de la France insolite (paru en 1990 aux Éditions hachette). Je sillonnai la France dans tous les sens à la recherche des lieux excentriques, étranges, une sorte de road movie des folies artistiques et ésotériques, méconnues, souvent rejetées. Comme il avait participé à la création du Musée sous la mer au cap d’Antibes, je l’ai rencontré au Prieuré à Rouvray. Je l’entends encore me dire : « Je voulais que les artistes investissent le fond des mers…Au lieu de voir des bancs de poissons muets et des rochers à longueur de palmes, j’ai pensé que les amateurs de plongée sous-marine trouveraient du plaisir à contempler des oeuvres en l’occurrence des statues de samouraïs. » Pour mener à bien l’opération, il avait fait appel à un certain Vincent Danglas un sculpteur à qui il a commandé 7 statues qu’ils ont immergées à 10 mètres de fond. Un vrai musée d’art moderne sous-marin, un projet fou à la dimension de Régis, un homme décidé, puissant, à la voix rauque et chaleureuse.

Régis était un rocker hypermobile, un rocker de l’ésotérisme moderne, curieux de tout, plongé chez les francs-maçons, chez les druides, les artistes, les hommes d’affaires, les politiques, tout le passionnait, la moindre affaire étrange touchant les rituels magico-païens. Un homme affamé, un dragon qui avait d’intenses coups de flamme.

L’année suivante en 1991, je l’ai revu car il avait un nouveau projet : créer une revue. Ce sera Le jardin des dragons. Toute une bande d’amateurs d’occultisme, de rites forestiers, de religions décalées, de druidisme, d’artistes singuliers, de curiosités et d’énigmes ésotériques, se réunissaient dans sa demeure de Rouvray. On était une dizaine réunis autour de Régis, le dragon transreligieux. On ne se connaissait pas, on venait d’horizons lointains. Un point commun : la passion pour les mystères. C’est là que j’ai rencontré aussi votre mère qui nous accueillait toujours avec un grand sourire. Il y avait même un bébé qu’on entendait pleurer de temps en temps , loin dans la maison. Il devait avoir faim….

Le premier numéro du Jardin des dragons, à la recherche des héritages traditionnels paraîtra en Novembre-Décembre 1991. Un vrai régal, un travail de bénédictin de Régis qui disons-le rédigea les 2/3 de la revue. C’était sa créature, son objet, sa matrice. Oui, la matrice d’une œuvre qui va s’épanouir par la suite avec les Editions du Prieuré qu’il avait lancées avec votre mère qui devait beaucoup travailler sous l’œil du grand Dragon…Je me souviens que la diffusion de la Revue était un des problèmes majeurs, nécessitant la constitution de tout un réseau de librairies à Paris et en province .

Il y avait cette volonté de bâtir une nouvelle Thélème et faire dialoguer, trappistes, rabbins, druides, francs-maçons, rosicruciens…

Pour ma part, j’ai livré dans les premiers numéros, des enquêtes révélant des artistes mystiques et des hauts lieux du mystère…

Je me souviens de l’un de ses entretiens (1994) avec le druide  Gwenc’hlan Le Scouëzec qui est sans doute le texte le plus pointu, le plus clair sur le druidisme moderne. Un entretien où Régis fait parler le grand druide breton de l’animisme, de la création du néodruidisme, de politique même puisque c’est dans ce texte (Ed du Prieuré, 1994) que Le Scouëzec fait référence à l’influence de la grande incantation druidique  à propos de Plogoff. Je cite (page 115) le druide qui parle « Vous savez qu’il était question de construire une usine nucléaire à Plogoff, il y a quelques années (1980-1981)…Les dieux bretons ont agi sur les druides en leur suggérant de faire la grande incantation contre ce projet…. » Saisissant , n’est-ce pas ?

C’était tout ça Régis.

Je me souviens d’une virée à tombeau ouvert sur les routes de l’Eure qu’on a faite tous les deux au printemps 1992 au château de Gisors sur les traces du fameux trésor des templiers…je me souviens aussi de ces observations sur le mystère de la caverne sculptée de Dénezé–sous-Doué. Selon Régis, les statues en question étaient des ex-voto de malades sculptés par des guérisseurs, une survivance d’un ancien rite gaulois, en quelque sorte.

Prolongeant cette idée, d’autres auteurs comme Régis Blanchet, ont affirmé que la Caverne de Dénezé-sous-Doué aurait été un haut lieu rituélique où des hommes et des femmes célébraient un culte de la fertilité et du renouvellement des énergies élémentaires. En fait, la résurgence en pleine Renaissance d’un ancien culte gaulois, honorant la déesse-mère Dana.  Des fouilles ont été faites dans le puits de caverne et des tessons de poteries datant du VIIè, VIIIè et IXè y ont été retrouvés. Ainsi, même en ces siècles obscurs, la caverne souterraine ne fut pas un habitat classique. Comme à Lascaux, les hommes ont dû avoir une motivation particulière pour rester dans cette grotte insalubre. Serait-ce l’eau du puits ? Curative, elle aurait été considérée comme miraculeuse au Moyen Age. La signification des statues prend  donc un tout autre sens. Le puits étant le centre de la caverne, les statues au visage difforme, représentent les effigies des hommes et les femmes malades, venues se soigner. Ici, une mère portant son enfant à l’agonie pour le baigner dans les eaux salvatrices du puits, là, une procession de scrofuleux venant humecter leur bouche de l’eau guérisseuse.

Aujourd’hui, les statues de la caverne restent toujours énigmatiques et attirent les amateurs de curiosités souterraines venus du monde entier pour déchiffrer leur mystère.